Théâtre : « La grande Lessive » de Maïakovski – présentation

Enfin (?!?) du théâtre sur ce blog…  A tout seigneur, tout honneur!  Puisque nous travaillons, avec un groupe non-professionel,  à la « mise en voix »de « La grande lessive » de Vladimir Maïakovski, cela me semble intéressant de commenter ce projet.
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 1 – l’auteur :
Vladimir Vladimirovitch Maïakovski né en 1893 et décédé en 1930, est fils d’officier de la Couronne, dans une famille de l’intelligentsia qui veille, sans serfs sous sa coupe, sur 90.000 hectares de fôrêt géorgienne. Son père meurt à 48 ans.  C’est l’écroulement d’un monde, la fin de l’enfance.  Il quitte, avec sa mère et ses deux soeurs, la Géorgie alors qu’il a 13 ans pour se rendre à Moscou, découvrant la pauvreté, la peinture, la poésie, ainsi que l’action révolutionnaire et « lui-même »
Il découvrira, pendant quelques mois de 1908 et encore en 1909, les prisons du Tsar pour diverses activités « subversives », lectures interdites et « propagande sociale-démocrate ».  On est en plein boum de la contre-culture, la Russie impériale et bien pensante regarde avec horreur cette jeunesse insolente aux visages peints et tenues extravagantes, qui se dit futuriste et fait des vers sur des pissotières et les avions… Programme « d’action » de cet adolescent cabotin mais timide : épater  le « bourgeois », « traverser la rampe pour toucher au vif non des bourgeois caricaturaux et abstraits, mais les détenteurs d’autorités morales, les chargés de vertus civiques, les porteurs de culture et les spécialistes des valeurs ». C’est, pour le peuple, un langage d’entraînement central par le coeur du discours.  La force, la chance -ou l’intuition- qui conduit Maïakovski à la tête de cette « position centrale » modèlera son existence et ses échecs
Maîakovski, « grande bouche carrée à la voix de basse félée qui lance des mots comme des pavés » (dixit Boulgakov) deviendra, outre ses acticvités de « poète », éditorialiste, publicitaire…  Il est aussi un fidèle du communisme… La voix sera pour lui un moyen nécessaire et autorisé d’une « entreprise de transport en commun », accrochant les mots comme des wagons.  Pour lui l’oeuvre doit extraire l’or de la boue, étendre l’azur, rayonner, retentir et concentrer… tout en marchant dit Céline, tout en creusant dit Maïakovski. La parole, la poésie, doit se développer selon les règles du combat de rue ; le « cri » occuper le télégraphe, les arsenaux, les banques…
De sa position, il ne tire pour lui-même qu’un sentiment de précarité et une contrainte l’habite : avoir réponse à tout… Entre Vladimir et Maïakovski, sans masque et sans « paraître » et le moi masqué sans racines, la fracture croît, le vide devient un abîme et la « zone de silence » un domaine interdit à soi-même.
Son théâtre répond à la même économie : un coeur contre les monstres. Mais l’imagination lui « manque » face à l’immensité de la tâche, et la « police bricole »:  » libres et à la botte », toute la littérature sera placée devant cette étrange obligation, habituée à manipuler le concret des signes conventionnels, il lui faut inventer des signes de fiction… Le « secret d’état » policera l’esthétique ; le réalisme socialiste est inventé, folie qui subvertit le monde des hommes au gré des bureaux.
A 20 ans, il publiait son premier recueil de poèmes : Moi!  et faisait représenter sa première pièce Vladimir Maïakovski à Saint-Petersbourg.  Elle fût « sifflée à y percer des trous », notera-t-il dans sa biographie. A 25 ans (1918), la Maison du peuple de Pétrograd lui commande le mistère-Bouffe. « Mistère », c’est ce que la révolution a de grand. « Bouffe », ce qu’elle a de comique dira-t-il.  En 1921, il écrit la Punaise.  La pièce est mal accueillie par la presse idéologique et acclamée en public.  En janvier 1930, la Grande Lessive dénonce la bureaucratie.  C’est l’échec.  Trois mois plus tard, il se suicidait. Applaudissements ni huées n’avaient manqué à ce poète futuriste et provocateur, aujourd’hui reconnu.
2 – le texte :
Gestation d’une oeuvre.
« La Grande Lessive » a été écrite entre 1929 et janvier 1930, c’est à dire trois mois avant le suicide de Maïakovski, et a manifestement été représentée dans ce laps de temps. Il semblerait, on le dit, que l’insuccès de ce spectacle (et ses ennuis avec Staline et/ou son administration) ait précipiter la « fin brumeuse » et brutale (?) de l’auteur.
Le libellé exact de cette pièce est :
La Grande Lessive ; drame en 6 actes avec cirque et feu d’artifice 1929-1930.  A la question qu’on lui pose, c’est à dire : « Pourquoi avez-vous appelé « drame » votre pièce? », il répond : « Premièrement pour faire plus drôle, deuxièmement, les bureaucrates seraient-ils devenus plus rares? Et le drame de notre pays n’est-il pas leur nombre? ».
Sous quel climat social, quel contexte politique et idéologique, cette oeuvre a-t-elle été écrite?.  On peut affirmer sans grands risques de se tromper, que « la grande lessive », tout en ne se déparant pas de l’humour caustique qui habite l’ensemble des pièces de Maïkovski, se place sur un pied moins « personnel », moins « centré » sur sa personne ;  le « moi Maïakovski » (cfr ses premièrs recueils et spectacles) se fait regard et laisse place à une lecture, un décryptage plus « communautaire ». Cette évolution, dejà initiée avec « La Punaise », en 1921, s’enhardit.  On peut manifestement aussi le constater, je pense, dans la manière dont  la critique journalistique, artistique ou idéologique reçoit son spectacle, il ne s’agit plus de fustiger (ou d’encenser) un auteur, un comportement « décadent » (forme), mais de commenter violemment (tant « à charge », principalement, qu’à « décharge ») le propos, le regard poser sur le système, l’establisment, décrit et dénoncé sous « l’acide »des situations présentées par les oeuvres.
Je posais la question du climat, du contexte, de cette « prise de conscience ».  Cela semble effextivement essentiel dans la compréhension que l’on peut (doit?) avoir aujourd’hui de « la grande lessive ». Dans le désordre et les luttes de pouvoir qui suivront les événements de 17 (certains disent révolution de 17, je ris), de nombreux groupes d’artistes, d’idéologues, d’intélectuels et de politiques, agissent de manière rivale et se dénoncent avec bonne conscience… Maïakovski anime lui même un de ces « groupuscules », le LEF*, dont Pasternak (autre écrivain) dit : « Le LEF me consternait et me repoussait par son soviétisme excessif, sa servilité oppressante, sa tendance au chambardement légal, mandat en main… ». Il est clair qu’à la lecture du « Mistère-Bouffe » principalement (1918), et encore dans « La Punaise » – bien que de manière plus digeste, qu’on ne peut qu’être frappé par la volonté de « Socialisme Vrai », la lourdeur de la dialectique militante, et avec le recul, la naiveté  » imbécile » (qui oserait lui reprocher?) de son « solutionisme » primaire, voire brutal.
On peut ressentir, je crois -j’en suis convaincu-, au travers la lecture du texte de « la grande lessive », que toutes les luttes précitées, pour le « gateau », la part de pouvoir culturel prendront bientôt fin.  L »intelligentsia ancienne, cède la place à une « nouvelle élite » qui la place face à la fonctionnarisation, la déportation la disparition, élite qui n’a ni les préjugés, les délicatesses de l’ancienne…  Les certitudes de l’être, le sens du réel, l’autonomie des oeuvres et de la personne sont abolis dans un même mouvement : il n’y a plus d’autre raison que celle de l’état.  Je crois que c’est dans cette « ère » que se construit le texte et le raisonnement qu’il transpose. La circulation, la valeur des oeuvres sont fixées dans des bureaux, au même titre que la vie des auteurs. Tout acte de fiction « non estampillé » est sous cette ére du « réalisme soviétique » se voit étouffé (réalisme socialisme qui n’entend pas être dépouillé de ses pouvoirs!).  Il faut donc pour le théâtre abolir « la rampe », ramener le spectacle « dans la salle » (« Rendre au théâtre sa richesse extérieure, transformer la scène en tribune » écrit-il dans la préface), la souricière dans la tragédie et l’action « toute dehors« . C’est cette fonctionnarisation de la société soviétique, le bureaucratisme et ses apparatchiks que Maïakovski découvre de leurs masques.
Ce théâtre, ce spectacle, reste pour Maîakovski « acte pour la propagande », un moyen de rendre vivante l’éducation politique. Cela reste donc une pièce engagée.
Par ailleurs, on remarquera, et on classe parfois son théâtre dans « oeuvres de science-fiction », la relation que Maïakovski « instaure » avec le futur ; dans « La Punaise », le « héros » est congelé par accident et ramené à la vie 60 années plus tard, dans une société « parfaite » qu’il contamine de ses « travers »… « La grande lessive » se place aussi sur ce terreau la : De l’an 2030, débarque  une « femme phosphorescente », en droite ligne de l’avenir, mandatée pour opérer la sélection des « meilleurs éléments du communisme » et leur transfert dans le « futur idéal »… Cela semble aussi pouvoir dire deux choses ; d’une part il ne croit plus à la notion d’une forme de « progrès vivace » des idées et moeurs de ses contemporains, et aux chances raisonables d’un rétablissement du comunisme et, d’autre part il pense, peut-être, qu’une solution ne pourra venir que « d’en haut », à la lumière de l’histoire, des échecs et balbutiements de ce même communisme. Le fait qu’il se suicide 3 mois après les représentations donne je trouve un éclairage singulier à l’analyse du propos.
3 – résumé de la pièce :
Introduction de l’auteur publiée dans la revue « Ogoniok » (késakho ndlr!) dés 1929 :
La Grande Lessive est « un drame en six actes, avec cirque et feu d’artifice ».
La Grande Lessive est destinée à laver, à lessiver les bureaucrates.
La Grande Lessive est une pièce engagée, elle ne comporte pas « d’hommes en chair et en os », mais des tendances personnifiées.
(…)
Le théâtre a oublié qu’il était spectacle.  Nous ne savons pas utiliser ce spectacle aux fins de notre propagande.  (difficulté de produire le texte, ndlr).
Toujours en 1929, dans la revue « l’amateur radiophonique.
La Grande Lessive est un drame en 6 actesavec cirque et feu d’artifice. Son idée scénique est la lutte pour la propagande par le théâtre, pour l’éducation par le théâtre, contres les pièces de salon et les raffinements psychologiques.
« Son idée politique est la lutte contre l’étroitesse d’esprit, le dirigisme apolitique, le bureaucratisme, pour l’héroisme, l’esprit offensdif, les perspectives socialistes.
« En ce qui concerne le développemnet de l’action, il s’agit de la lutte entre l’inventeur Tchoudakov et le « Dirdécor » – Directeur principal du service des coordinations – Pobedonossikov.
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Une réflexion sur “Théâtre : « La grande Lessive » de Maïakovski – présentation

  1. Post un poil longuet mais intéressant.
    Ca me donne envie de voir ce que cela donnera une fois sur scéne.
     
    Non, je déconne 😉

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