A few words from Peter Handke « marcher » – l’absence.

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16 juillet 2007 par L'Ornitho

Puisque je me replonge dans les profondeurs dramaturgiques de Peter Handke, je vous soumets, tiré de « l’absence », récit,  (1987 en allemand -1991 pour la traduction française de GA Goldschmidt), un petit texte sur la marche… Deux raisons à cela, de un par l’écriture du récit, il dessine un espace temps élastique (conclusion de mes lectures!), dans cet extrait tout au moins et, de deux, parce que j’aime énormément la marche et qu’elle est pour moi une ouverture sur un espace mental où les idées peuvent naître, s’engouffrer et se développer… marcher c’est mettre en route une pensée, donc.  Rappelons sommairement que Handke « écrit pour le regard ».
  Voici l’extrait (je pense que cette semaine sera une semaine « a few words from Handke », principalement, de toutes façons, selon mes envies.  Cet extrait pour aussi renvoyer en miroir ces mots aux lectures et billets proposées par Marc* (bientôt une référence catalane de Handke, camarade!.
Après s’être laissé regarder il dit : « la partie de plaisir est terminée. A partir de maintenant le voyage continue à pied. A partir d’ici, nous allons marcher et non plus rouler. Dans tous ces véhicules, il n’y a aucun départ, aucun changement de lieu, nulle sensation d’arriver. En roulant, même lorsque c’était moi qui conduisait, je n’étais pas vraiment en route. Quand je roulais, jamais ce qui me fait être moi ne m’accompagnait. Rouler me réduit à un rôle qui m’est contraire : en voiture figure pour vitre arrière, en vélo, porte-guidon et tourne-pédale. Marcher. Fouler le sol. Rester les mains libres. Rouler ou n’être véhiculé qu’en cas de nécessite. Les endroits vers lesquels on m’a roulé je n’y suis jamais allé. On ne peut les retrouver qu’en marchant. Ce n’est que dans la marche que les espaces s’ouvrent et que dansent les espaces intermédiaires. Ce n’est qu’en marchant que je tourne avec les pommes dans l’arbre. Une tête ne pousse que sur les épaules de celui qui marche. Seul le marcheur sent un élan lui traverser le corps. Seul le marcheur saisit le grand arbre dans l’oreille – le silence! Seul le marcheur se rattrape et s’atteint lui-même. Seul vaut ce que pense le marcheur. Nous allons marcher. La marche veut qu’on marche Il ne faut pas que vous marchiez comme marchent ceux, la plupart, dont on voit que la marche est contrainte et fortuite. Marcher, c’est le plus libre des jeux. Allons. Partons d’ici. La bénédiction du lieu ne vaut que pour le voyage. La bénédiction du lieu est une bénédiction de marche. Ô mon éternel appétit de marcher, de sortir de l’endroit, de continuer à marcher-de-toute-éternité! ».
J’ai toujours pensé que les gens qui n’aiment pas la marche sont des gens vides, je confirme ; il dit encore, à propos des 4 personnages du récit : « Ce qu’ils ont en commun, c’est ce qu’ils ont vu ».  Écriture pour le regard… allez, hop, en route…
 
  Il existe un film « L’absence », réalisé par Peter Handke.
ref. du bouquin : « L’absence » de Peter Handke – collection Folio – Gallimard, N°2482.
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Une réflexion sur “A few words from Peter Handke « marcher » – l’absence.

  1. Patrick dit :

    Toujours aussi pertinent, à resoumettre à la réflexion des comédiens de Zucco…

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