Thema « mise en scène et jeu » – Et l’écriture devint dessin – 1/3

De mise en scène et de jeu : « Et l’écriture devint dessin » (1/3)
Comment parler de l’envie de théâtre qui court en soi… pourquoi, comme ça, aux contours de la vie et sur le noir de nos ombres baignées de lumière jucher l’objet à la hauteur des consciences… de sable et de plomb élever le vitrail qui redessine cette lumière qui alors nous brûlait…
Comment? Trois textes (le second demain), qui me parlent de la relation « au théâtre », au jeu, à la dramaturgie… En grand anthropologue du regard Handke me « fournit » ici, dans son récit l’absence (l’envie de théâtre serait-elle liée à une forme d’absence?) – fortuitement et à travers ses champs lexicaux – trois petites choses de la relation metteur en scène-comédien (bref le jeu!)…
Plus exactement je vous transmets (le vrai verbe est celui là en théâtre!), trois extraits qui seraient, d’une part, le « nœud intime » de la nécessité de faire du théâtre et de le raconter tel un voyage , et le rôle du metteur en scène comme guide et, ensuite, cet étrange « moment de parole » qui est de « dire des mots » aux comédiens, ou en tout cas ce qu’on aimerait leur transmettre (on y revient!) ; une manière de partager cette envie de scinder l’horizon en deux : l’en dedans et le voyage, la course pleine. Et comme troisième extrait, final à cette théma, « du point de vue du soldat ».
Premier extrait : « du metteur en scène et… du théâtre, of course ». C’est complètement mon interprétation du texte de Handke, mais quelque chose s’y dessine…
« S’il avait d’abord suivi les pistes du gibier dans l’herbe de la prairie, il finit bientôt par les éviter. C’était une sorte de maquis avec des passages de plus en plus étroits entre les buissons où il se mit à serpenter sans jamais hésiter.
Il ne s’arrêta que lorsque son lacet se détacha. Il se baissa et s’assit soudain par terre, comme s’il avait attendu cet incident. Là où il se trouvait, le fourré  s’était dégagé en une place ouverte, à peu près circulaire, un fragment de désert de sable, au milieu du haut pays ; le sable plus haut que la cheville, rainuré et durci par un vent éteint depuis longtemps, mais souple par dessous et même encore chaud des jours précédents : lui, l’égaré avait encore retiré ses chaussures et y avait plongé ses pieds nus.
Ce désert, à peine grand comme un terrain de jeux pour enfants, n’était pas vieux ; il n’y poussait qu’une seule plante morte, haute, ébouriffée, à demi-arbre, à demi-buisson, elle était parcourue de beaucoup de plantes mortes comme des lianes et à sa façon elle était devenue méconnaissable. Et sur les bords entre les épineux, tout de suite quelques signes de fertilité – les mûres et les tiges d’anis qui apaisent la soif.
Le vieil homme en compléta son petit déjeuner, de sa poche il sortit sa provision de route, un morceau de pain. La pointe de l’arbre mort au-dessus de lui semblait reverdie dans le soleil du matin. Loin à l’intérieur des branchages, ramifiés comme une cage, noir, le contour d’un oiseau, impossible à identifier, tête et cou dressés. Le ciel n’était pas tout à fait vide non plus : un avion le traversait si haut, si silencieux, si lent et si blanc, qu’on pouvait à la lettre voir en lui un « aéronef ».
Le contemplateur prit son carnet de toile posé à côté de lui dans le sable, et d’une voix dont avait disparu jusqu’à la dernière conscience de soi, celle d’errer de-ci de-là, il dit : « Cœur, maintenant tu es seul avec moi. Au moins cela m’arrive-t-il à l’étranger, comme je l’ai toujours désiré. Cela fait bien longtemps que personne ne m’a mis la main sur l’épaule et ne m’a dit : tu ne peux tout de même pas écrire comme ça, toute l’année durant et il y a longtemps aussi que personne ne m’a dit : lire comme ça, sans arrêt! Dés le début j’ai été incapable de transmettre à ma vie et aux miens, cette grande loi fondamentale que je lisais partout dans la nature – elle n’était transmissible que dans l’écriture et la solitude. Les objets ne prenaient leur signification pour moi que quand j’étais seul et seuls se transmettaient aux autres ces signes découverts dans la solitude. Or, mon temps d’écriture est passé. Mon désir est mort. Je le connais, je sais son emplacement dans la poitrine, il est là, mais il est mort. Où donc aller encore? Où suis-je? Les lieux n’existent-ils plus?  Suis-je donc perdu? En est-ce fini de moi? Ou dans ma faiblesse suis-je arrivé au but? ».
Il se leva et commença d’aller et de venir dans le sable de ce fragment de désert, les jambes très courtes, tout à coup et de demi-tour en demi-tour, il devenait plus large d’épaules. De même il se mit à faire des boucles de plus en plus larges autour de l’arbre mort avec au milieu l’oiseau presque invisible dont provenait parfois un bruit d’ailes. Il n’y avait pas d’autres signes de vie alentour ; même la piste de fourmis était dépeuplée et les trous dans le sol étaient vides.
Il s’était rassis près de son carnet sur lequel il appuya le front. Les yeux de plus en plus étroits en forme de pirogues, il regardait. Le contour de l’oiseau, toujours aussi paisible, bec et queue levés devenait féerique. Le bruit familier du crayon se fit entendre, soudain, de façon presque involontaire, puis un raclement continu. Il écrivait, la main marquée de taches de vieillesse brunes, dans son carnet de toile posé sur les genoux. Il ne regardait pas sa feuille mais tenait la tête droite, immobile. Puis les mouvements de sa main se ralentirent encore comme pour ne pas effaroucher l’oiseau, et son écriture parut être devenue dessin ».
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Patrick, lors de la mise en scène de « Roberto Zucco », attente des comédiens pour les répétitions, … le partage

Voila, en route… il reste des choses à dire, préciser peut-être mais laissez vous bercer, conduire par les mots. Demain, « comment dire aux comédiens »… beau, ce moment, essentiel…

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