A few words from : Philippe Le Guillou – le Roi-Nomade

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5 octobre 2007 par L'Ornitho

« Je vais compléter le monde« … dit notre héros, navigateur du 15è siècle, qui après avoir traversé l’Océan projette, sur l’autre continent, de remonter la Rivière-Dieu jusqu’aux sources du monde… Qui de nos jours peut en dire autant? Les grands navigateurs sont les derniers grands Héros je crois, Magellan un de mes « maîtres » (pour autant que je m’en désigne). Compléter le monde!!! C’est exactement cela qu’ils avaient en tête et peu importe qui ou qu’est-ce les armaient… Les navigateurs n’ont pour rivage que leur destinée d’eau et les rives du « grand-oeuvre » de leur rêve… Compléter le monde restera donc ma plus grande perte, moi enfant malheureux satélitisé du 20è siècle, adulte désidéalisé crétinisant du 21è siècle.
Certes il reste le théâtre et ses rives toujours à rebaigner (mais n’est-ce pas là être plus vague que marin?), où retremper mes désirs d’aliénation – et d’agenouillement – de l’infini à l’appétit de mon regard meurtri mais à l’amour nomade… Qui seront les Colomb, les Magalhanaes d’aujourd’hui? Les artistes? C’est un rôle qui s’il n’en ont pas conscience leur échoit de droit « divin » – être debout entre le fini des hommes et l’infini des Dieux, et s’assurer d’être LE trait de désunion entre ces deux entités : le ciel et la terre (où alors ailleurs que sur les eaux?), pour que ne meurent toute pensée d’insoumission et de désobéissance. Nous voila les gardiens nomades de la pensée, et de sa non finitude, donc.
  Le Guillou, et, entre autres, son roman « La rumeur du soleil » est un rivage, mais un rivage de départ, pas d’arrivée… Les origines et pas la finitude… Et pour reprendre la 4è de couverture du roman : « La rumeur du soleil est un roman lyrique, halluciné, qui se lit comme un chant intense au cosmos, à l’océan, au soleil et à la sensualité ». Yes it is!.
Je reviendrai de temps en temps à Le Guillou, et ses écrits arthuriens toit entiers innervés de légendes, de chair et de mystère… UN de mes auteurs favoris, vous l’aurai compris. Des extraits de « La rumeur du Soleil » habitaient, au même titre que « Magellan » de Stefan Zweig (Stez pour reprendre Klaus Mann!) ou « Le voyageur Magnifique » de Yves Simon et autres textes de Christian Dotremont, habitaient « Violence Ornithorynque* », spectacle créé à l’Insas, avec la parfaite complicité de Caspar Langhoff, co-auteur et partenaire de scène.
Allez, extrait de « La rumeur du soleil » :
« Je vais compléter le monde. Et mon témoin, je l’ai choisi, ce sera Mendoza. IL leur dira le feu des sources, il leur portera mon enseignement. Ils avaient déjà mes cartes, mes repères, le récit de mes explorations antérieures, ils auront désormais la trajectoire de Cosmopolis par delà les Anges destructeurs et l’Equinoxial. Après l’enfermement de l’Orion**, le raclage du sel, j’ai aimé la baie de la Rivière-Dieu, mes nages, mes bains de pluie. J’ai eu avec l’élément cette relation intime et vraie. Ma vie se déshumanise. Elle va à rebours.
Nul bruit autour de la nef. En bas, sur le rivage, je trouverai mon arche d’explorateur. Le Christ de proue y a été placé conformément à mon voeu. Je crois que je ne pourrai plius vivre sans son profil démembré. Il me plaît qu’il soit encore moucheté du sang de Mendoza. Ni le sel, ni les pluies de la terre n’ont éffacé ces marques qui me rappellent mon sommeil sous les pustules.
Je vais entrer dans la faille.
J’aurais pu commencer à écrire ma confession pour le Royaume. Je préfère la docter à Frederico de Mendoza. Nulle trace écrite de ce que nous allons voir.
La mer s’est levée avec le vent. Houle large de la mer océane. La Rivière-Dieu s’offre au roi nomade ».
Et je me désigne roi nomade, allez ça peut pas faire de mal… de toute façon c’est un « rôle à ma taille », au même titre que Don Quichotte, par exemple… Promis je reviendrai avec délices de temps à autre à Philippe Le Guillou, écrivain voyageur breton, que je vous conseille ardemment, et pas seulement pour la rumeur du soleil! (« Le livre des guerriers d’or », par exemple, ou pour sa touchante simplicité*** et beauté : « Le passage de l’Aulne »
753378_8869028 Collection Folio N°2662.
* « Violence Ornithorynque », aussi avec des textes d’Arrabal, Harold Pinter ou bien encore Ismaïl Kadaré. Sans oublier la part très importante réservée à Heiner Müller, par Caspar (« Maüser »).
** l’Orion : le nom du navire amiral de la flotte de notre explorateur (qui restera sans nom!) – Mendoza est son second, imposé par la cour et qui deviendra la mémoire de l’explorateur et défenseur de ses découvertes face au tribunal de l’inquisition…
*** dans la même « veine » de la touchante simplicité : « Blessures » du belge Paul Willems, ou « Les champs d’honneur » de Jean Rouault.
Voila, ça faisait longtemps que je n’avais pris autant de plaisir, gratuit, à vous soumettre un extrait de texte, mais je suis un amoureux inconditionnel de ce texte… On est nomade ou on ne l’est pas.
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Une réflexion sur “A few words from : Philippe Le Guillou – le Roi-Nomade

  1. Patrick dit :

    Ce blog sera(i)t-il mon mendoza?  Sais pas, il y manque un soupçon de traîtrise et d’inquisition mais je compte sur vous lecteurs chers (chairs?) pour tenter d’effacer mon nom et son empreinte don quichotienne… Ornitarchichronographe n’y soit qui mal y pense (et plouf, j’ai dit plouf…).

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