Anthropologie Manset – comme un guerrier (interviews, clips)

 

Je l’ai déjà écrit souvent : Manset est un de mes artistes préférés, une référence : capitaine courageux, un de ses titres (album revivre – 1991) était le titre de mon travail d’écriture (carnet de bord) pour l’examen d’entrée à l’Insas, école de théâtre et cinéma, et aussi l’intitulé de mon mail…
J’ai aussi, délibérément, classé ce billet dans « a few words from… », la qualité des textes de Manset mérite cela et j’en mettrai un extrait…2041650
Il y a donc cette semaine 2 vidéos, que je considère plus comme un document que comme de simples clips. Doublement « documents », car nous retrouvons ici des images d’une émission mythique des années 80 : les enfants du rock, programme proposé assez tard le soir par Antenne 2 à l’époque… Une émission jamais remplacée, d’un très haut niveau « culturel ». Nous retrouvons donc des extraits d’interviews de notre Gérard Manset, vraiment intéressants et qui permettent de replacer l’artiste dans le contexte de l’époque (début 80’s) ; extraits d’autant plus rares qu’il n’a plus jamais, à ma connaissance, donné d’interview télé ou fait de plateau. Des extraits vidéo aussi, de quelques chansons, ainsi que, seconde vidéo, 3 morceaux complets (sommaire plus bas!). Il a l’air assez dans une période « loup des steppes », à l’époque, son œuvre est moins sombre mais tout aussi dans la chair de l’humain d’aujourd’hui…
Document sur Manset donc, que l’on peut définir comme anthropologue du genre humain, à l’écriture que j’appellerais mallarméenne – et d’une simplicité formelle exceptionnelle. Artiste qui refuse aussi de se produire en public – l’amener sur scène est à peu près 17 fois plus difficile que de programmer réunis Yves Simon et Michel Polnareff, lol. On peut admettre que ce n’est pas un artiste qui retourne systématiquement sa veste, et par ailleurs, tout en étant « évolutive » et contemporaine d’un propos actuel, son œuvre est typique, singulière et ce reconnaît à la première écoute. J’aime cette fidélité, c’est la marque d’une « responsabilité artistique », ou pour le moins d’une identité. Une facette moins connue de Manset est son travail photo, qu’il réalise au cours de ses multiples voyages, aujourd’hui encore. Il en existe des éditions (voir lien site, bas de page).
Les vidéos (« sommaire ») ; avant tout elles représentent, cumulées, un document de 20′ sur Manset et méritent d’être suivies dans leur intégralité, le bonhomme en vaut la peine.
Première vidéo (+/-6 min.) : principalement des passages de l’interview, très intéressants et des extraits de « chansons » – « Train du soir « , « Y aune route », « Les loups » et son titre le plus connu, et qui lui a collé l’étiquette d’une sorte de baba cool soixante-huitard, le beau « Il voyage en solitaire ». 1er opus à voir pour sa dimension documentaire donc.

Seconde vidéo (+/- 14 min.) : les « clips » complets, trois avec quelques interludes parlés, extraits aussi de l’émission les enfants du rock, mais pas tous les mêmes (certains bien!), et sont un complément non négligeable à la 1ere vidéo. Le son est pas exceptionnel, c’est dommage! Il y a aussi le début du morceau « Les loups », une vingtaine de secondes.

Y’a une route : un des morceaux phares de son oeuvre, assez engagé finalement, quoiqu’il en dise, ou en tout cas c’est ce que j’en pense. Thématique de l’extérieur à la civilisation, de ses excès. La vidéo est suffisamment explicite. 4 étoiles.

L’enfant qui vole ; drôle de choix pour démarrer, mais permet une bonne compréhension de certains thèmes chers à Manset (voila pourquoi anthropologue de l’humain) ; comme ici la perte de l’innocence par la civilisation, à travers l’histoire d’un enfant de la balle. Entre deux et trois étoiles (sur 5).

Comme un guerrier  (+/- 5’10 » avant la fin de la vidéo) : 5 étoiles, d’office, un des textes les plus beaux, certes, mais surtout le plus remarquable dans sa construction et le développement des thèmes. Je m’explique, ça en vaut la peine – ça reste mon analyse, bien sûr, peut-être Manset dirait-il « m’enfin… » (cfr chansons toutes simples, dit-il dans l’interview ; déclaration complétée d’un sourire… mauvaise foi humoristique..?). D’une part la guerre, amenée avec « sa poudre et ses fusils » ; ensuite l’homme blessé, à plusieurs niveaux au fur et à mesure de l’avancement du texte, qui part à la guerre pour voir si en Asie on est plus heureux (c’est assez fort comme thème, la course au bonheur de la civilisation). Aussi, le rapport « indigène » et la simplicité, naïveté originelle de l’existence (« l’indienne ») et le blessé, ennemi, qu’on trimballe et ensuite le rêve des lumières de cette femme. En filigrane, l’amour gagné, l’amour perdu. La nostalgie et la mort avec le serpent froid… Sans oublier la troisième « voix », la voix martiale et son fatalisme civilisateur « condamné condamné » , premier pour le guerrier destiné à mourir, et le second pour la mort du rêve, via l’indienne, le pardis terrestre : monde condamné à disparaître. Toutes ces thématiques s’entrecroisent comme autant d’histoires… Notons que « Lumières » reviendra, sous forme d’un album ; l’Asie et l’innocence dans l’album « Royaume de Siam » (celui qui voir le monde par tes yeux, celui-là, peut-être il peut être heureux », l’indienne certainement sur l’album revivre, morceau Territoire de l’Inini). En plus ça sonne de l’enfer. 6 étoiles sur 5… Et le texte est simple, sobre, fait mouche avec ce son de piano très « Manset » ; magistral. Ajoutons que si le texte est très rimé ce à quoi j’ai généralement beaucoup de mal, et c’est toujours étrange de lire du Manset sans le son, la musique et la voix donnent tout leur sens à la rime, qui devient quasi « moteur » de la tension du morceau. Anthropologie aussi par le côté »nature sauvage », supérieure à la civilisation, constante dans les écrits de Manset – « rivière sauvage et fière, paradis sur terre ; dont on peut déduire, je le rappelle c’est très personnel comme analyse, la nostalgie des origines.

L’extrait (écoutez-le sur le clip), je le prends dans sa seconde partie, où les thèmes se croisent (deux personnages, deux histoires, deux visions de la réalité – 1 qui meurt, l’autre qui cesse de vivre…

(…) Comme un guerrier
Qui perd son bras,
Son œil au combat
Mais quand tu t’éveilles,
Que tu vois la bouteille,
La lampe brisée
Sous la moustiquaire,
 
Alors, t’as perdu la guerre
Et l’indienne est partie.
Elle a jamais vu la mer.
Tu lui avais promis.
Elle en a marre de la misère.
Elle voulait voir les lumières de la ville.
Elle voulait voir les lumières de la ville.
 
Comme un guerrier
Condamné, condamné,
Avec son œil de verre
Mangé par les vers,
Percé de flèches empoisonnées,
Condamné, condamné,
Avec les ailes brisées.
 
Tu resteras seul
Avec des mouches plein la gueule,
Les semelles collées
Tu sentiras dans ton dos
Glisser les anneaux
Du serpent froid
Ce s’ra la dernière fois.
 
Sur la grande rivière,
Le paradis sur la Terre.
T’as l’indienne qui court,
Qui hurle à l’amour,
Aux pierres aux ronces,
Et qu’a pas de réponse,
Et qu’a pas de réponse.
Voila! Qu’est-ce que j’aimerais que l’on dise que mon théâtre est au spectacle ce que Manset est à la chanson… C’est un challenge, mais les thématiques qu’il développe me semble tellement essentielles, et je dis cela tant sur le fond que la forme : un théâtre témoin du monde (comme chez Handke, finalement assez proche de Manset je trouve) – par certains côtés, je m’en sens assez proche ; je fais beaucoup pour, aussi…
 
Le lien essentiel vers l’univers Manset, auquel j’emprunte les vidéos et l’extrait de texte :
J’ajoute la fin du morceau, coupée sur la vidéo, « de Comme un guerrier »
Alors, tu te sens si vieux,
La main devant les yeux.
Le mal te guette
Et ce soir peut-être,
Sous le million d’étoiles,
A pleurer sur le sac de toile,
A pleurer sur le sac de toile.
Et ça nous pend tous au nez… Et que ce qui relie les morts et les vivants, sous les étoiles, ce sont les pleurs (même mort tu continues à pleurer…).
  coffret76 Vous saviez vous, qu’il avait composé pour Indochine, Birkin, Dalida…. héhé. Et vers 68-70, avoir fait partie d’un groupe expérimental avec Sheller (on retrouve les morceaux sur un « coffret » Sheller.
Et tu resteras seul, avec des mouches plein la gueule… Le paradis sur terre avec l’indienne qui court, qui hurle à l’amour… comme un guerrier…tu sentiras dans ton dos le serpent froid… Tu lui avais promis… l’a jamais vu la mer… sous la moustiquaire… condamné condamné… avec les ailes brisées… t’as perdu la guerre.
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4 réflexions sur “Anthropologie Manset – comme un guerrier (interviews, clips)

  1. Dans la vidéo la phrase "on vit une période de transition tout disparait" m’a paru particulièrement lucide. La remise en cause de la biodiversité, l’uniformisation culturelle voulue par l’économie de marché, la bipolarisation de la vie politique en sont autant de preuves.

  2. Oui! reste à savoir à quel "stade avancé" de la transition on se situe, les propos de Manset datent là de 1983… Et on ajoute 10 ans si on se réfère à l’oeuvre.
     
    Lucide, c’est le mot.

  3. Les vidéos ont été désactivées… On ne peut plus les consulter, ni sur dailymotion, ni sur le site iparoles.net , c’est bête, voire même limite censure : minable…
     
    Je peux toujours les voir, j’ai e le bon goût (le flair?) de les enregistrer – real player est très bien pour cela, où que vous regardiez une video (You Tube, ou n’impoorte quel site par ailleurs) clic droit sur la souris et hop ça enregistre (format flash). A bon entendeur… et ça prend pas plus de temps que l’écoute ou le visionnement. A conseiller…vivement.

  4. Les extraits sont de nouveaux dispos via Youtube (l’interview et les morceaux sont scindés!), sais pas s’ils resteront longtemps… A tout hasard je possède la bande son de 3 interviews que Manset a données en radio entre 1984 et 2001. Je veux bien partager mais faut motiver la demande – sinon c’est trop facile!

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