A few words from : Gogol – journal d’un fou

La plus belle partie du cynisme est sans aucun doute l’humour (l’autre étant l’intelligence), et n’en déplaise aux moralistes – chez qui la vertu tient lieu et place de l’intelligence, le dogme de l’humour… Soit.
 
  Grand humoriste (sic) devant l’éternel : Nicolas Gogol. Et dont le "journal d’un fou" est la parfaite image… et ici la vertu serait fonctionnaire, le dogme bureaucrate – en quelque sorte! Petit extrait de cette oeuvre singulière ; petit morceau de plaisir aussi.
 
"L’an 2000, le 43 avril"
 
C’est aujourd’hui le jour du plus grand des triomphes. L’Espagne à un roi. Il s’est retrouvé. Et ce roi, c’est moi.
C’est aujourd’hui seulement que je l’ai appris. J’avoue que ce fut comme si j’avais été illuminé soudain par un éclair. Je ne comprends pas comment j’avais pu croire et m’imaginer que j’étais conseiller titulaire.
Comment cette idée inepte, folle, a-t-elle pu entrer dans ma tête? Encore heureux que personne ne se soit avisé de m’enfermer dans une maison de fous. Maintenant, tout m’est clair. Maintenant, je vois tout comme sur ma main. Tandis qu’avant, je ne comprends pas bien pourquoi, avant, tout m’apparaissait comme à travers un brouillard.
Et tout cela provient, je le suppose, de ce que les hommes s’imaginent que le cerveau se trouve dans la tête. Pas du tout : c’est le vent qui souffle de la mer Caspienne qui nous l’apporte.
D’abord, j’annonçai à Mavra qui j’étais. Lorsqu’elle entendit que le roi d’Espagne se tenait devant elle, elle leva les bras et faillit mourir de terreur : la sotte n’avait jamais encore vu de roi d’Espagne.
Cependant j’essayai de la calmer et, par des paroles gracieuses, je tâchai de l’assurer de mes bonnes dispositions, lui disant que je n’étais nullement fâché de ce qu’elle m’eût parfois mal nettoyé mes bottes. Car ce sont de petites gens, et l’on ne peut leur parler de choses élevées.
Elle eut peur, parce qu’elle est persuadée que tous les rois d’Espagne sont semblables à Philippe II… Mais je lui fis comprendre qu’il n’y a presque aucune ressemblance entre Phiippe II et moi, et que je n’ai même pas un seul capucin.
Je ne suis pas allé au Ministère. Que le diable l’emporte! Non, mes amis, maintenant vous ne m’aurez plus! je ne copierai plus vos vilaines paparasses!".
 
 
Voila, vraiment drôle (c’est semaine de carnaval – alors Roi d’Espagne, ça le fait aussi). Nous terminerons la semaine avec le délicieux Gogol et d’autres extraits de son "Journal d’un fou". Et hop, une orange, sanguine, une…
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6 réflexions sur “A few words from : Gogol – journal d’un fou

  1. Humour, intelligence et… méchanceté. trio de qualités qui vont par paire (oui oui!). La méchanceté quand c’est drôle et/ou intelligent c’est moins grave…

  2. La méchanceté intelligente ? la cruauté tu veux dire. Oui, il y a une beauté du Mal, sinon le Mal n’aurait pas tant d’adeptes. C’est certain. C’est fascinant, envoûtant, lénifiant, enivrant mais ça reste le Mal. Chacun a sa conscience pour lui ? quoique dans ce cas-ci pas vraiment… Un monument Gogol, merci de ce billet si intéressant. Ouf ! Dans ce billet-ci j’ai compris des choses, pfiouuuuu ! 😉

  3. C’est cynique, comprendre! LOL 😉
    Ceci dit il est question de la méchanceté, pas du Mal – c’est vilain le mal bouh! – certes s’est encore dans la nuance  ; le Mal chez gogol aurait quelque chose du "Grand Capital", mais il n’a pas toujours eu toute sa tête, le brave homme…

  4. De la cruauté, par un autre grand et crapuleux humoriste(sic) 🙂
     
    "La cruauté n’est autre chose que l’énergie de l’homme que la civilisation n’a point encore corrompue : elle est donc une vertu et non pas un vice". Sade, Marquis de.

  5. Primo, le seul roi d’Espagne que je connaisse qui soit jamais sorti de l’Athénée de Jumet, c’est MWA! Na! (Comment ça? Et Ferdinand le Catholique dans "Isabelle…" de Fo, c’est de la merde en tube, peut-être? Comment? Non, pas Coccinelle, Ferdinand, non mais!Deuxio, je suis ravi, cher Kmarade (je t’emmerde, et je t’appelle Kmarade si je veux, re-Na!), de te voir t’éloigner un rien des bondieuniaiseries dostoïevskiennes (entre le Fou et l’Idiot, il y a plus qu’un pas! mais quel pas!!!) pour sembler presque prénietzschien-de-garde (…) Citer Sade et considérer la Cruauté comme une Vertu… Merci Antonin, je suppose…Et tercio, sous forme de citation: "Dans l’urgente construction de moi-même où je me trouve, il n’y a rien que je considère désormais comme inutile, fût-ce réinventer la roue ou le feu. Si pour cela il faut trucider un peu le bon passant à la bonne conscience ébahie par tant de pure cruauté, soit. Ébahissons le badaud. Ce sera toujours pour lui autant de gagné avant qu’il se dise, agonisant, "mon Dieu, comme je me suis emmerdé" (A.Doppelgänger- Journal, "Comment je suis devenu fou")Bref, à force de citer Gogol, t’as pas peur qu’on te prenne pour un attardé? (désolé?!)Gros bêtchMarcounet

  6. Attardé, d’accord, mais j’exige la couronne… Tu m’apprends donc que gogol est sorti de l’Athénée de Jumet… c’est pas neuf, il en sort par poignées tout les an… Des Coccinelle, nan, foi de Pinzon (nous voguions quasi côte à côte camarade!)

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