A few words from Gogol : Journal d’un fou (3/3)

Voila voila, dernier "petit billet doux-dingue" consacré au "Journal d’un fou", de Nicolas Gogol. Deux "journées" de son journal aujourd’hui, un extrait de chaque.
 
Allez, hop, une scène très "visuelle", théâtrale pour commencer.
Et après, un morceau de pure poésie qui vient couronner le tout : rythmiquement, une claque!.
 
"Le 25
 
Le Grand Inquisiteur est de nouveau entré dans ma chambre aujourd’hui, mais ayant entendu ses pas de loin, je me cachai sous la chaise. Ne me voyant pas, il se mit à m’appeler. D’abord il cria "Poprichtchine!" – Pas un mot, puis : "Avksenty Ivanovitch, conseiller titulaire, gentilhomme!". Je continuai de me taire – " Ferdinand VIII, roi d’Espagne!". Je voulais me montrer, mais ensuite je me dis : " Non, mon ami, tu ne m’attraperas pas. Je te connais. Tu vas recommencer à me verser de l’eau sur la tête".
Mais il m’aperçut et me chassa à coups de bâtons de dessous de ma chaise (…).
 
 
Le 34 mo février is, aénne 349
 
(…) Donnez-moi des chevaux rapides comme la tempête! Fouette cocher! Carillonne grelot! Cabrez, ardents coursiers et enlevez-moi hors de ce monde!… Loin, très loin, pour que je ne voie plus rien, ni personne!…
J’aperçois des nuages qui se tordent en volutes au-devant de moi. Une étoile clignote là-bas. La forêt court comme une folle, avec ses arbres et sa lune. Une brume grisâtre s’étale sous moi. Une corde gémit et se brise. D’un côté, c’est la mer ; de l’autre l’Italie… Et puis, voici des chaumières russes!… Est-ce ma maison qui se colore en bleu, tout au fond? (…)"
 
Le premier passage me fait rire, car il est très visuel, on le dirait sur une scène – et au théâtre, c’est le genre de scènes qui me font beaucoup rire, comme du Molière, ou de la bonne Commedia… Un personnage tel que notre ami le "Roi d’Espagne" (il y a aussi un très beau Roi de Pologne, chez Jarry – Ubu!) ; ainsi qu’un "Roi des Espingouins" mais je ne sais plus dans quoi – n’hésitez pas à m’éclairer, ça m’échappe vraiment ; c’est vraiment de la crème pour un comédien…
 
Ensuite l’extrait "de la forêt", outre qu’il est rythmiquement fantastique dans sa construction (dites-le à voix haute, et vous sentirai la difficulté du bon tempo d’énonciation!), on le dirait écrit comme pour être "livré au peintre", une belle scène à rendre sous forme de tableau (ou quand la couleur rejoint le rythme, beau challenge pour un artiste du pinceau et de la palette!). La scène me raconte aussi la même célérité dans l’immobile que la scène "La mort d’Aze", d’Ibsen dans son "Peer Gynt", où Peer emmène sa mère mourante, couchée dans un lit d’enfant dans l’immobilisme d’une chambre l’hiver "vers le ciel", dans un long "mensonge" poétique. La scène d’Ibsen, plus longue, est aussi encore plus belle, et difficile (et je l’ai représentée, à l’INSAS en 2000, avec mon amie Virginie. Wouaw!). 
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13 réflexions sur “A few words from Gogol : Journal d’un fou (3/3)

  1. Enfoiré! Et deux fois, trois fois enfoiré (pour ne pas dire bien pire!)Primo parce que si ça c’est pas une p… de synchronicité (non, çá ne mord pas, ducon!) Témoins à l’appui, j’affirme ici ma récente redécouverte du "Solvejg Lied" du Peer Gynt de Grieg, que peut-être nous n’imterprêtons pas de la même manière, mais y a des chances… Et je peux t’assurer que le "blues de l’homme du nord" résonne encore malgré l’infini soleil des févriers de la plus belle des mers… Et puis c’est vrai, ton interprétation de Peer Gynt dans cette scène, je m’en souviens, j’étais là! Et ouais mon colau, zoup la vieille dans son traineau magique à voir si y a des palais illuminés pleins de bals royaux où le lumpenprolätariat oublie ce qu’il est dans la grâce de l’agonie ibsenienne, mené par un Patichou Gynt qui a soudain la tendresse d’un chamallow avec la dentition d’un loup affamé. Et la bête du dedant qui mordille et fait mal. (ou je me gourre?) Et bien sûr je me souviens de ce Peer Gynt (était-ce au Varia?) que nous vîmes ensembles, d’où d’ailleurs tu tiras éhontément les trapes du Concile, ne nies pas, on t’as vu!, et me souviens aussi de mes depuis nombreuses relecture de ce putain de texte (le fait d’être un exilé, même et surtout volontaire aide beaucoup, je t’assure!) et, dans les derniers cauchemars que connaît encore ma vie d’homme heureux sous des lumières inédites au Nord, je reconnais qu’il m’arrive encore de craindre la mise aux enchêres et, dans les pires moments, la cuillère du Fondeur…) Ce con d’Ibsen avait tout compris, fieu! Tout retour est naufrage.Peut-être ai-je bien fait de m’éloigner de la folie slave et de la désespérance scandinave… Me reste le désespoire souriant des catalans (Rodoreda, Marti i Pol, Monsó)et la noirceur méditerranéenne bien cachée sous le bleu. "Aux âmes fortes, il n’est pas de terres prédestinnées, il n’y a que les terres de l’Exil; Amères, toutes se valent, sous le regard de Yahvé. Aux fils de Caïn il fut dit: Voyez, toutes cette étendue âpre sera votre royaume…" (A.Doppelgänger, Journal – "Comment j’ai lu la Bible")Bizous mouillés d’un étranger en terre étrangère…Marcounet

  2. J’aime bien être un enfoiré ; surtout si c’est pas exprès (peut-être suis-je aussi devin???). Eh oui Peer Gynt, c’est vrai que nous l’avons vu ; soit au Varia, c’est bien possible, ou l’avais-tu déjà vu avec moi au "charbonnage du Mambourg" (aujourd’hui rasé, il ne restera rien de nos amours…)?. Joué par Virginie et moi, ça devait être dans le granier du "29 Audent", aujourd’hui propriété d’une société de parking (il ne restera rien de nos disputes…). Oui, t’as été un de nos rares spectateurs… J’aime bien le patichou Gynt aux dents de loups…
    Gros smouck, ma poule étrangère quoiqu’indigène.

  3. J’oubliais… "Tout retour est nauffrage". Vrai ; une phrase de grand naviguateur..! l’horizon, c’est forcément toujours devant, jamais derrière ou, si l’on est funambule irisé, sous les pieds, parfois…

  4. Cher Marcounet, encore, à propos de "la cuillère" et de son fondu de fondeur… A choisir, que j’aie au moins ce choix la à l’heure d’aller démanteler mon âme et le vécu semi-barbare de mon existence dans des sphères hautes ou profondes, je préfère la cuillère… Au moins échapperais-je à la mort "à la louche" du commun des mortels au moment de ne plus… "passer le plat".
    A chaque met son couvert…

  5. Un jour j’aurai une fille -gardons l’espoir- et elle s’appelera Solveig ; mais ça je l’ai déjà dit souvent et je le répèterai à tue-tête – et ce sera ça, et rien d’autre! Que cela plaise ou déplaise du moindre quidam à sa charmante mère (elle sera forcément charmante…), Solveig et rien d’autre, en plus c’est tri jouli…
     
    Solveig signifie aussi maîtresse de maison (Ibsen n’est pas un âne…) ; les hurluberlus dirons Patrick, ce mysogine, nommer une femme "Maîtresse de maison" c’est du déni d’opinion… Laissons les jacter…

  6. Un petit commentaire rapide à propos de la cuillère du fondeur… Je viens d’achever le troisième tome de "His Dark Material" de Philip Pullman (je suppose qu’on l’a traduit par "la Matière Sombre" en français…). Eh oui, c’est le même roman "pour la jeunesse" qui a inspiré "La Boussole Dorée" avec Kidman et Craig au cinélliwood… Mais je t’assure qu’on est loin de Harry Plotteur et qu’en fair de noirceur, de profondeur et d’anticléricalisme cryptomaçonnique, on gagne l’apprenti sorcier et sa braguette magique dans les belles longueurs!) Joli conte qui accomplit le tour de force d’être à la fois très anglosaxon et très européen. Et une longue parabole sur l’éducation, l’initiation (dans tous les sens du terme!), l’idée de péché et la rédemption. Avec un final doux-amer qui appelle à plus de conscience et à la construction de l’individualité. En cela, Pullman rejoint selon moi le questionnement ibsennien et ce thème justement du Fondeur… Se dissoudre au bout du bout de la fin, soit, mais pas sans avoir été pleinement SOI, quite à devoir pour cela ajouter au bruit ambient dans le grand jeu universel. Il n’y a pas d’Au-delà, il n’y a qu’un Ici-et-maintenant et, contrairement à ce que vingt siècles de judéochristiannisme tentent de nous faire croire, ce n’est pas un motif de désespérance, sinon une raison supplémentaire pour parcourir en souriant un univers à première vue absurde et tendant à jouïr le plus souvent possible (étant entendu que la vraie jouïssance n’a de sens que si elle est partagée…) Le plaisir enfin débarrassé de la notion de péché comme seule voie de rédemption et de construction de soi, voilà une morale profondément antichrétienne qui me ravit personnellement!Message à suivre…

  7. Faudra que je lise (si t’as les références – tu as les références, fait passer), mais y a intérêt que ce soit un paquet de crans au-dessus de cet "à-fondre-et-pas-plus-tard-que-tout-de-suite" d’Harry Potter – ceci dit, te connaissant ce devrait être le cas – ‘Tu as des lettres sous la ponctuation’ (M. von H., in "les guillemets, c’est pour ta gueule").
     
    Etre pleinement soi, oui je crois qu’effectivement c’est la quète de notre "Peer" ; quand au thème de la rédemption, il y a me semble-t-il chez Ibsen, dans ce Peer Gynt, quelque chose de Strindberg. Je ne peux que te conseiller de lire "Le chemin de Damas", du Herr Strindberg – pièce, comme tu le sais, que je ne désespère pas de monter avec David Bowie et Nastassja Kinski, pour des salles de 300 places. Il faudra être patient, un peu, mais pas trop… imagine si le Ziggy claque, ou a des retours de cuillère…

  8. Je m’en voudrais de gâcher votre intimité et vos retrouvailles si émues… Je m’en vais sur la pointe des pieds comme une petite souris… Tic tic tic… (bruit des talons hauts, qui malgré mes efforts cliquètent tout de même)

  9. Chuuut, attention au chat… "Souris, y es-tu???"
     
    Quand à nos retrouvailles avec "Mr Longlost", c’est une longue histoire de "coups de gueule pour du rire, et d’amitié – et quelques coups de pied au cul – pour du vrai" depuis maintenant… 1985, et on s’est vu pousser des rides au visage (surtout lui par ailleurs… aïe, non, pas la tête,…"

  10. Je m’en voudrais, chère Louisiana, d’avoir contribué à t’effrayer par nos ronflantes disputes pataphysiques sur l’importance et le pourquoi du Pas-grand-chose plutôt que du Rien… Le but n’est certainement pas de faire fuire le chaland (non Patoche, pas chat-lent, et arrête de jouer avec cette souris!) sinon au contraire d’ouvrir le débat! Il est vrai que le vieil Ornytho et moi nous chamaillons gentiment (encore que parfois "virilement") depuis maintenant quelques lustres, mais à tout bon duel ne faut-il pas des témoins? Quant à l’intimité de nos retrouvailles, en bon lumpenprolätern urbain jumetois que nous sommes et resterons fondamentalement (pas vrai Pat’?!), il est bien connu depuis Zola qu’il n’y en a guère et que les querelles avinées se règle sur la place, à des heures pas chrétiennes (il est vrai, entre nous, plutôt à coups d’arguties et de rhétorique qu’à coups de tatannes dans la gu… On s’aime trop pour ça!). Mais bon, foin de digression, Louisiana… Tu aimes le Théââââtre?

  11. Et puis, c’est dommage des talons hauts qui ne cliquètent pas… Mystère cliquetant et féminité obligent…
    "Tic tic tic, c’est plus chic
      Pour filer en toute malice
      Toc toc toc, tout en bloc
      Que le grand crac me croque
      Et quand le tic toque
      C’est là que hoquète le hic"

  12. (…) Donnez-moi des chevaux
    rapides comme la tempête! Fouette cocher! Carillonne grelot! Cabrez,
    ardents coursiers et enlevez-moi hors de ce monde!… Loin, très loin,
    pour que je ne voie plus rien, ni personne!…
    J’aperçois des nuages qui se
    tordent en volutes au-devant de moi. Une étoile clignote là-bas. La
    forêt court comme une folle, avec ses arbres et sa lune. Une brume
    grisâtre s’étale sous moi. Une corde gémit et se brise. D’un côté,
    c’est la mer ; de l’autre l’Italie… Et puis, voici des chaumières
    russes!… Est-ce ma maison qui se colore en bleu, tout au fond? (…)"je me suis pris au jeu et ai déclamé ton extrait : il est réellement d’une grande densité; un vrai régal; le plaisir est intégral; tellement, d’ailleurs, que l’on recommence…et puis, c’est vrai, que l’horizon est toujours devant…

  13. C’est vrai que c’est un régal, une friandise un poil égoiste à se déballer… d’ailleurs je m’y remets, hop donnez-moi…
     
    L’horizon, c’est vrai est toujours devant mais le jour où l’homme k’aura derrière, c’est qu’il aura atteint "sa quête de toute éternité"… et ce sera triste, car il n’y aura plus rien à rattrapper, à dépasser.  Sans horizon, pas de grands navigateurs… l’homme est un nomade, profondément nomade…

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