Collection « Passé-Présent (2) : Hubert Krains (Fin 2/2)

C’est certes un poil étrange, mais je commence par la fin, le seconde partie de article sur Hubert Krains (1862-1934), auteur hesbignon, dans la collection "Passé-Présent", aux éditions Jacques Antoine*. Cela pour cause de "chronologie", l’ordre des articles n’est pas au choix du blogueur… la 1ere partie mercredi prochain
 
Je reviendrai (retour vers le … futur, comme ça on a les 3 types…) sur l’auteur et les raisons du plaisir de redécouvrir cet auteur wallon, que j’ai (re)découvert avec un colossal plaisir… aux âmes simples le vrai bonheur… à noter : la jolie et amicale préface de Marcel Hichter.
 
 Tiré de "Mes amis" (1921) , collection Passé-Présent N°11 (1978) : Un beau dimanche.
 
Après le "1er" extrait, dans la rudesse de l’hiver, nous retrouvons donc nos deux compères Benoît et Colpin, à travers la campagne hesbignone à la floraison des oeillets sauvages… après l’hiver rude, le doux temps d’été. Une sorte de "chant à la terre" d’un homme de terroir…
 
(…) Comme les deux hommes dépassent le château, ils tombent sur un mendiant couché dans l’herbe, à l’ombre d’un arbre.
– Tu n’es pas mal là, frère! dit Colpin
– Comme en paradis! répond le pauvre.
Quelques instants après, Benoît et Colpin, qui ont atteint les champs, vont s’asseoir sur un monticule, contre une haie. Les blés murs s’étendent à perte de vue devant eux. La brise ride les épis. Leurs vagues légères, tantôt claires et tantôt sombres, déferlent sur les villages, qui ressemblent, avec leurs toits rouges qui crépitent dans la verdure des arbres, à de grands navires pavoisés, immobiles au milieu d’une mer d’or. Les yeux nagent sur cette mer brillante, dans ne lumière vermeille. Ils se perdent au loin contre le ciel, dans la fine dentelle d’un paysage vaporeux, couleur d’opale et de turquoise, où les ailes des moulins se transforment en élytres d’insectes, où les clochers deviennent des cierges d’argent et les arbres des bouquets lumineux. Le coeur de Benoît et Colpin s’embarque ainsi pour le bout du monde ; il est aspiré par l’immensité comme le coeur des marins ; il vogue, inconscient, vers les pays mystérieux, les Hespérides et les Eldorados. Leurs coeurs s’en vont, bercés par les vagues légères, comme deux fleurs au fil de l’eau. Chacun mâchonne la tige de son oeillet et ne dit pas un mot. Pourquoi parler? Les mots sont si imparfaits et si durs! Adam et Eve parlaient-ils dans le paradis terrestre? Parle-t-on devant un chef-d’oeuvre? Et la terre, aujourd’hui, a réalisé un chef-d’oeuvre. Elle a terminé un grand miracle. La poignée de semences qu’on lui a confiées au printemps a germé et voila la moisson qui mûrit. La moisson mûrit sous les ardents baisers du soleil, aux accords d’une musique presque insaisissable. La terre chante ou prie, on ne sait. Sous l’influence de cette musique divine, les oiseaux écoutent et n’osent plus chanter. Benoît et Colpin en sont innondés. Elle tombe sur eux comme une rosée et leur âme frémit comme une harpe.
– Il fait bon! dit tout bas Benoît.
– Hein! s’écrie Colpin.
Puis, Benoît pose la main sur le genou de son ami :
– Lesvois-tu?
– Je les vois…
Là-bas, deux jeunes gens, presque des enfants, viennent de se glisser hors des blés. Ils s’avancent au bord du chemin, en se tenant par la taille. Après avoir fait quelques pas, ils s’arrêtent, se regardent dans les yeux, posent leurs bouches l’une sur l’autre et s’étreignent avec passion.
C’est Mac et Lina. Hier, ils ont annoncé à leurs parents qu’ils voulaient se marier. Colpin a battu sa fille ; benoît a secoué son fils. Ils ont juré tous deux et tous deux ont dit non. Non et non! Ah! les galopins! Ah! les petits sots! Est-ce qu’on se marie à leur âge? Dix-huit et vingt ans! Il ne connaissent pas la vie et Lina est incapable de tenir un ménage. Puis, comme l’ont fait remarqué Prudence et Christine, ni l’un ni l’autre n’ont rien "rapporté" encore à leur parents.
Maintenant, les voilà qui sortent des blés comme deux petits sauvages et qui se becquettent en plein champ comme des moineaux. Lina tient dans sa main gauche un gros bouquet d’épis, de bleuets et de coquelicots, qu’elle lève machinalement au-dessus de leurs têtes quand ils s’embrassent… C’est à les tuer!… Mais ils sont si beaux! Mac, avec son visage mâle et franc. Lina, avec ses joues brunes et ses grands yeux noirs. Ils sont surtout beaux quand ils s’étreignent et que le bouquet les couronne. Alors, leurs figures s’illuminent, la poitrine de Mac palpite, la gorge de Lina bondit. Il monte une sève si capiteuse de la terre! Il tombe des effluves si chauds du ciel!
– Ah! soupire Colpin, comme on voudrait redevenir jeune!
Et, après un moment de silence :
– Il faudra qu’on les laisse faire.
– Ils ne mangeront pas gras, observe Benoît.
– Ils s’aimeront! répond son ami.
Ainsi fut décidé le mariage de Mac et de Lina. C’était par un beau dimanche d’été. Le ciel était d’un bleu éclatant. Le soleil brillait avec ardeur. Le pain des hommes mûrissait. Et la terre chantait une douce chanson d’amour".
 
Voila! Certains reprocheront un grand clacissisme à cette écriture ; je serai plus modéré. Dans les années 60, dans les écoles primaires on donnait à lire du Krains. Anecdotique? Non, je ne crois pas, par ailleurs peu allaient au-delà de l’école primaire à l’époque (et encore dans les années 70, période de mon école primaire!). Moi ça me touche, heureux enfants, d’autant que dans ma propre période d’école primaire, dans le namurois de bord de meuse (Namêche, en internat), j’eûs la chance et le bonheur d’être abreuvé et enchanté par deux de mes instituteurs de Verhaeren et de Genevoix, sans oublier d’histoires et contes de brigands namurois et des Ardennes que j’écoutais goûlument. Je crois que je leur dois aussi en partie mon goût pour la lecture. En 1ere "moyenne" un enseignant nous donnera du Baudelaire… Bien sûr, je lisiais beaucoup de mon côté, depuis longtemps (j’étais titré "Meilleur liseur(sic) de la classe" en 1ere primaire!), avec par exemple déjà quasi toute l’oeuvre principale de Dickens avant mes 10 ans, ou La divine comédie de Dante pour mes 11 ans… Dostoïevski était alors plus hermétique aussi… et il y avait des histoires d’invincible armada ; puis viendront Bob Morane, et la Série Noire, entre autres, pour aborder l’adolescence… Vive les instituteurs littérairement "immoraux"… Merci à eux! Et vive la naiveté des terroirs ; un bouquin à donner à lire aussi à mes comédiens dans le cadre de "Par les villages", de Handke… tient tient!
A suivre pour le début, mercredi prochain (extrait de : "Les soucis").
 
Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hubert_Krains (peu documenté!)
 
PS : Je dédie cette série de deux articles à Marc Dubisy, de ruelles en terrils, par sincère amitié.
 
* : Remerciements chaleureux à notre ami "Red Horse", Michel,  pour les renseignements et éclaircissements sur les éditions Jacques Antoine, dont le Fonds à été dispersé à la mort de son fondateur ; cela fera l’objet d’un billet particulier en bout de cycle "passé-Présent sur ce blog. Visitez son blog, riche en textes et photos de qualité!.
 
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