« Victoria » – Peter Handke (Uber die Dörfer)

Plus je relis ce texte, plus je le trouve fabuleux, et ce n’est pas qu’un adjectif ou superlatif à s’tirer les tifs hors la tête…
 
Je parle bien entendu de "Par les villages" de Peter Handke*. Poème dramatique destiné au théâtre… un vertige à chaque plongée dans les mots.
 
Petit extrait, réplique du choeur d’ouvriers, au "je", ("tous"), que l’on retrouve dans la "scène de l’intendante", face à Gregor, l’écrivain, l’intélectuel.
 
Tous :
 
Quand l’homme à l’écriture me rendra-t-il mon droit!
Quand pourrais-je souhaiter
au lieu de vouloir vaincre?
car il n’existe que ce seul nom, Victoria.
Quand les lumières de la ville ne seront-elles plus le reflet glacé des vitrines
mais signes de voisinage? :
car il n’existe que ce seul nom, Victoria
Quand le chanteur à la voix sereine arrêtera-t-il le flot de la pluie
et quand renverra-t-il au temps primitif
le sang de la faute et de la damnation s’élevant dans la poitrine des hommes?
Quand les cloches épisodiques retentiront-elles d’éternité
et quand y aura-t-il autour de la Terre une seule humanité?
Celui qui découvre sera foyer et foyer qui découvre
Quand ma rigidité se résoudra-t-elle en ébranlement
et quand enfin serai-je debout avec les autres sur fond d’or? :
car il existe ce nom pourtant : Victoria! 
 
Je vous livre aussi la didascalie qui suit, où Handke fait entrer l’homme en sainteté, l’ouvrier  quasi comme Dieu… (sur fond d’or)
 
Anton, Ignaz, Albin et l’intendante se détournent et à la lettre entret en procession le long de la balustrade dans la baraque où l’obscurité et le silence se font. Hans et Grégor se trouvent à l’avant-scène et contemplent le rideau de chantier qui se gonfle.
 
Réplique suivante : GREGOR : La fête est finie? – HANS : la fête continue.
 
La théatralité de ce passage est vraiment extrême, et repose la question du lieu théatral, de l’action, de l’épaisseur des mots, et comme toujours la position de l’acteur ("c’est moi qui suis-là", consigne au comédien – "Ironie fervente"), du spectateur et interrogation sur le jeu. Hans et Gregor en spectateur face au rideau du chantier…
 
Peter-Handke Handke est essentiel au théâtre et à l’écriture, n’en déplaise aux grincheux…
 
* Publierai bientôt quelques courts passages de "La femme gauchère" et "Histoitre d’enfant".
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6 réflexions sur “« Victoria » – Peter Handke (Uber die Dörfer)

  1. Suis repassée, hop là!
    Très beau texte, je ne connaissais pas, mais suis toute ouïe à de nouvelles découvertes… pas sure que ce soit du bon français, mais j’aime bien le côté aquatique ;o))

  2. J’avoue rester perplexe, pas du français… et je  ne pige pas le côté aquatique, mais c’est la fin de matinée, et à ces heures là je suis encore un peu bête – après ça s’arrange, et quand je deviens trop malin, je vais au lit, zoup…
     
    Hop là; donc.

  3. Et bien ouie, j’avais compris….mon côté aquatique sans doute…
     
    Je suis toujours épatée et/ou perplexe devant des traductions de poèmes (ou ecrit-il aussi en fançais ??)
     
    De toute façon superbe texte….sur fond d’or !

  4. IL sait, et peut, écrire en français. Dans le cas de figure présent, il s’agit d’une traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, son traducteur et ami, depuis +/- le milieu des années 70. Ce texte date de 1981 (83 en français).
     
    G-A. G. a aussi écrit une "biographie" sur Handke, ou plus exactement son écriture. Il est "le" spécialiste de Handke, et est un germaniste de premier plan.
     
    Poème, oui, mais poème dramatique j’insiste, car au delà des mots chez Handke, il y a un regard… celui qui parle, et aussi et surtout celui dont on parle…
     
    Le "plus grand texte" de théâtre du 20è siècle… avec "Le soulier de satin" de Monsieur Claudel. 9a fait 3 ans que j’essae de réunir environ 90.000€ pour le monter… dur (l’équipe elle existe déjà!). Je fais une pause sur ce dossier, et travaille à un texte de + petite dimension, une adaptation des contes de Grimm ("Grimm Grimm"), avec pour thème le devoir, la nécéssité de désobéissance, et aussi notre positionnement face à des serments, des rêves de jeunesse que, si nous nous regardons bien dans ce miroir qu’est le théâtre, nous avons laissé tomber, pas pu ou su assumer, bref nos lâchetés.
     
    Avec 40.000€ (10 personnes!) ça peut le faire, un peu moins ambitieux, mais dérangeant, caustique et très très sombre…

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