A few words from Klaus Mann : son nom était … (CINEMA)

Fin de semaine cinéma this week! Demain dans la sélection musicale "happy ears" – moins simple à préparer que prévu. Petit clin d’oeil aussi aux univers "W" de WWW… Semaine anniversaire alors, renvoyons un hommage sous forme musicale et, comme ici, d’écrits.
 
Retour aussi de la chronique "A few words from", qui est celle que je préfère. Retour aussi à un de mes auteurs préféré : le beau et très libre dandy, bien qu’engagé humainement et idéologiquement Klaus fils ainé de Thomas, et neveu de Heinrich… J’y peux rien mais j’ai une grande tendresse pour ce disparu (suicidé), et hormis que je jalouse la relation privillégiée, singulière qu’il avait avec sa soeur Erika, sa soeur "jumelle" et ainée d’une année, j’enrage sur le fait le fait qu’il y en a qui naissent dans de "bonnes familles" où le talent peut s’épanouir (mais était-il, Klaus, pleinement épanoui?) et un environnement intelectuel de qualité… Naître dans une famille de postiers, entre agriculture betteravière thudinienne et sidérurgie lourde carolo ça n’aide pas… Soit ; mais j’aurais voulu avoir comme nom "Mann" et être né dans la cité hanséatique de Lübeck… définitivement et doublement inconsolable.
 
Revenons à nos moutons…
 
 Extrait de son dernier livre, achevé peu avant sa mort à Cannes en 1949, dans lequel je me balade – j’y travaille (c’est un scoop! ou presque, un retour en fait) : "Le tournant – histoire d’une vie"; roman autobiographique dont la principale qualité, comme à travers l’ensemble de son oeuvre romanesque et autres écrits, pour reprendre le très juste résumé de 4è de couverture est : "La beauté de ce livre tient à cette étrangeté : c’est l’autobiographie sans confession d’un homme plus attentif aux autres et à son époque qu’à lui-même".
 
Extrait du chapitre "A travers le vaste monde – 1927-1928", où il relate les voyages faits aux Etats-Unis et en Asie en compagnie d’Erika – ils ont alors 21 et 22 ans.
 
Petits passages hollywoodiens ici, chez l’acteur Emil Jannings, nous sommes en 1927-28 je le reprécise. A la sortie des années folles et juste avant la crise de 29-30. Comme quoi se nommer Mann à des avantages…
 
L’extrait d’aujourd’hui est "Son nom était…" – je ne l’indiquerai pas tout de suite, essayez de deviner…
 
"Nous avions imaginé que la vie, à Hollywood, était gaie et sans contrainte. Naïve erreur, nous devions le constater bientôt! En fait, les rapports entre gens de cinéma sont régis par un cérémonial d’une rigidité et d’une complexité quasi chinoises, par tout un système de castes qui ne laisse entrer en contact que des personnes de même nationalité et de revenus à peu près égaux. Un pôle de la vie mondaine comme l’était la maison Jannings – alors lieu de rendez-vous pour ainsi dire officiel de la colonie allemande du cinéma – se révélait plus fermé que n’importe quel salon aristocratique : personne n’y avait ses entrées, qui ne pût se prévaloir d’un cachet d’au moins 1000 dollars par semaine (Erika et moi, nous étions tolérés en qualité d’amusants visiteurs de passage mais on ne nous prenait pas au sérieux).On comptait au nombre des habitués (…), Outre Veidt, le dramaturge Hans Müller, le très sensible et capricieux poète et metteur en scène Ludwig Berger, son frère Bamberger, et Murnau, extrêmement talentueux  et d’une arrogance qui n’était ni injustifiée ni antipathique, le metteur en scène Ernst Lubitsch et quelques autres personnages du même rang.
Parfois, une étonnante jeune personne se joignait à notre cercle – la plupar du temps sans s’être annoncée et, souvent, seulement à une heure tardive. Nous étions assis sur la terrasse, après le dîner, en train de boire du whisky : tout à coup, elle était là – apparition à vous couper le souffle, qui avançait vers nous d’un pas fier et languissant, à travers l’odorante obscurité du jardin. Elle était nu-tête et portait un imperméable ouvert et des sandales sans talons. "Je suis si horriblement laaaasse!" nous lançait-elle en guise de salut, d’une voix plaintive et profonde, qui traînait, mélodieuse, sur la voyelle de "lass" – et déjà elle se laissait tomber dans un fauteuil. La tête détournée, les coins de la bouche tragiquement abaissés, elle réclamait un verre d’alcool : "Mais un grand, Emil! un double!".
Son visage, sous sa crinière léonine, était d’une stupéfiante beauté, c’était le visage le plus beau, me semblait-il, que j’eusse jamais vu ; et, en effet, jusqu’à aujourd’hui je n’en ai pas rencontré de plus beau. Elle avait le front marmoréen d’une déesse endeuillée et de larges yeux pleins de ténèbres d’or. Les longs sourcils arqués étaient soigneusement épilés et dessinés, les ombres bleues des paupières étaient artificiellement approfondies ; mais par ailleurs, elle n’usait d’aucun fard, pas même de rouge à lèvres – ce qui faisait paraître sa bouche très pâle : une grande bouche arrogante et pâle, d’un dessin incomparable, dans un pâle visage, mélancolique et arrogant, modelé à grands traits hardis.
Sa voix orageuse et profonde semblait chargée d’un sombre et doux mystère, qu’elle parlat du temps qu’il faisait, ou du film dans lequel elle était en train de tourner. La voir sourire était indiciblement émouvant, et n’arrivait que rarement. Son merveilleux, son inconsolable visage hésitait à s’éclairer ; mais une fois que le sourire s’était posé sur ses yeux de nuit et sur l’arc orgueilleux de sa bouche, il y demeurait un peu trop longtemps – hésitant à son tour a se détacher d’un paysage d’une telle grâce. Mais il finissait par s’éteindre – ce sourire étranger qui, en réalité, n’était pas fait pour elle -, et la tragédienne redevenait tout à fait elle-même.
De son orageuse voix de Pythie, elle réclamait un deuxième whisky et déclarait ensuite, à la surprise générale, qu’à présent elle voulait danser. Elle dansait un tango avec la fille de la maison – à grands pas vigoureux, le corps un peu raide, son visage blanc, aux paupières baissées, assez loin de celui de sa partenaire. Ses grandes mains noblement dessinées tenaient fermement la jeune fille. Elle avait les poignets un peu trop lourds, les longues jambes et les larges épaules d’une statue antique d’adolescent.
La danse finie, elle nous faisait savoir, d’une voix sonore et gémissante, qu’elle se sentait nettement mieux maintenant. "Je vous remercie tous, disait-elle non sans solennité. Quand je suis arrivée, j’étais horriblement  laaaasse ; mais à présent, je vais bien. J’ai bu et dansé. Thank you ever so much".
Et elle disparaissait dans l’obscurité alourdie de parfums de la nuit californienne d’où elle était sortie pour s’avancer versnous – apparition à vous couper le souffle – d’un pas fier et languissant.
Emil nous raconta qu’elle était *****, arrivée d’Europe depuis peu. Un de ses concitoyens, le metteur en scène bien connu M*** S***; l’avait amenée à Hollywood. (…) tandis que sa protégée restait sur la côte californienne, seule avec son étonnante beauté et sa gloire à venir.
"Cette fille va faire l’effet d’une bombe, prophétisait Emil avec le respect d’un homme du métier. Celle-là, elle arrivera, attendez un peu! Dans deux ou trois ans, le monde entier saura son nom".
Son nom était  ******
 
Mais qui était-elle donc, cette ****** ?!? Bonne réponse de Brigitte : Greta Garbo
 
 
J’attends vos propositions ;O))))). Et qui était le metteur en scène qui l’avait amenée (là c’est moins fastoche…). Idem : Brigitte a trouvé : Mauritz Stiller
 
Demain, sélection "Happy Ears" Cinema, très libre d’inspiration et très "en noir et blanc"…
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6 réflexions sur “A few words from Klaus Mann : son nom était … (CINEMA)

  1. Clin d’oeil à Brigitte aussi! atelier d’écriture possible (;o))) avec les mots ou expressions suivantes imposées – pour rire! qui se retrouvent dans ce court texte :1) cérémonial ; 2) ne pût se prévaloir ; 3) dramaturge ; 4) ni injustifiée ni antipathique ; 5) sandales sans talons ; 6) léonine ; 7) le front marmoréen ; 8) voix de Pythie ; 9) Tango et 10) concitoyen…

  2. Greta Garbo, oui, ça doit être elle…..je survole sa bio : oui, le gars qui l’a amenée à Hollywood s’appelle Mauritz Stiller.. c’est cela……….. M***** S**** elle est née en 1905, ça colle !Beau dandy sur la photo, fils de Thomas Mann donc…Quant au jeu d’écriture, j’ y viendrai peut-être, mais pour le moment, j’en suis lassée (comme G.G.) : overdose !Merci, néanmoins pour cette suite de mots pas piqués des vers…..A bien^t, l’ami-ornitho !

  3. La Divine, magnifique Garbo!J’aime beaucoup l’écriture de ce jeune homme. Je m’empresse d’aller voir sa biographie. Je pense à toutes ces stars du muet qui sont tombées dans l’oubli à cause du parlant, que de tragédies alors. Heureusement qu’il y a eu aussi de fort belles reconver(sa)tions!

  4. C’est plein d’extraits de Klaus Mann (sur lequel j’ai bcp travaillé au point de me foutre en dépression…) et auquel je me réatelle, avec prudence… Suffit de fouiller la chronuique "a few words from" dans les archives.Ses journaux sont un témoignage exceptionnel (les années brunes et les années d’exil) sur les années 20 et 30, tant du point de vue de l’Allemagne que de la littérature, le monde artistique, etc… Sinon "Condamné à vivre" est un recueil de textes (et base de mon travail d’écriture d’un prochain spectacle où je serais Klaus Mann, et normalement mon amie Sophie Erika ; la mise en scène devrait être assurée par Caspar, pour qui j’ai joué "preparadise sorry now" de Fassbinder, et avec qui on a co-écrit et interprété "Violence ornithorynque" ; et qui a créé avec peu de moyens les lumières de Zucco.Sinon "Le tournant" est splendide de simplicité concrète, bien qu’il aille très mal, il n’est jamais larmoyant , et ici je trouve qu’il communique une passion pour la chose racontée à la manière quasi enthousiaste que l’on peut retrouver chez Stefan Zweig.

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