Du fascisme plus ou moins ordinaire… & « Hitler » par Klaus Mann (1932)

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9 juillet 2009 par L'Ornitho

En fait, quelques jours que je pense rédiger ce billet, en tentant de trouver la bonne formulation. Le départ, et le sujet en était pour moi : « F1 et fascisme »… Avec aussi depuis quelques jours, l’intention de partager un extrait de texte de Klaus Mann, tiré du roman « Le tournant – l’histoire d’une vie »… et aujourd’hui, l’actualité d’une expo.

Et constater qu’il restera toujours des gens pour prétendre qu’une race est supérieure aux autres, affirmer la supériorité rt supréatie de l’homme blanc… L’expo « Without Sanctuary », en point « 2 », est à ce point de vue un témoignage de la méchanceté et de la bêtise…

« Sommaire », en quelque sorte :

1a : « Hitler était efficace »… Ecclestone dérape / F1 et fascisme.
1b : « Hitler n’a pas fait que des mauvaises choses » – adage populaire

2 : Expo « Without Sanctuary » à Arles jusqu’au 30 aoüt, expo sur le racisme ordinaire américain des 40 premières années du 20è siècle et le lynchage des afro-américains…

3 : Klaus Mann : « Hitler » (tartelettes), portrait de 1932. Extrait tiré de « Le tournant ».

Billet :

1a : A la base de cette envie donc les déclarations de Bernie Ecclestone, grand argentier (sic) de la Formule 1. Celui-çi en effet a déclaré lors d’une interview au journal anglais « The Times », je cite, et on peut parler de dérapage, que :

– « Hitler était efficace et que la démocratie n’a pas fait grand bien à beaucoup de pays » ;
– « C’est terrible à dire je suppose, mais à part le fait qu’Hitler s’est laissé emporter et persuader de faire des choses dont j’ignore s’il voulait les faire ou pas, il était en position de commander beaucoup de gens et d’être efficace »

 C’est assez affligeant de la part d’un homme influent et souvent en contact avec des leaders politiques, d’affirmer qu’Hitler n’a agi que sur « influence » et mauvais conseil. Certes il a présenté ce matin des « excuses sans réserve » mais ça pose question…

Maintenant il est vrai que ce n’est pas le premier cas de figure à la tête de la F1, puisque il y a environ 2 ans Max Mosley, président de la FIA, la haute instance dirigeante de la F1, c’était déjà fait remarquer par ses comportements sexuels sado-maso où il se déguisait en officier SS etc… Rappelons que Mosley est le fils d’un leader nationaliste fasciste anglais, qui a collaboré avec l’Allemagne pendant la guerre (ainsi que sa mère!, parents qui se sont mariés en Allemagne chez et en présence de Goering), que Max Mosley en a été membre de ce même mouvement politique dans sa jeunesse…
Sans oublier Montezemolo, président de Ferrari dont on connaît les sympathies pour un type comme Berlusconi, et qui et lors de l’affaire Mosley et ici Ecclestone est resté très très silencieux…

1b : Il ne faudrait pas croire qu’il n’y a que dans les « sphères influentes » que l’on tient se langage…
Il y a peu j’ai encore entendu dans une conversation, dans la bouche d’une personnes tout à fait respectable cette affirmation – car il fallait bien la prendre comme cela, « Hitler n’a pas fait que des mauvaises choses » – quelles causes pour quels effets?.
Cela n’est pas anecdotique il semblerait bien que beaucoup de gens (et ici d’une personne de la cinquantaine bien tapée!) ignorent vraiment les actes et méthodes de ce « petit bonhomme nauséabond »… Comme si l’extermination de 6.000.000 de juifs, sans oublier les victimes de la guerre, et pour en revenir aux allemands eux-mêmes le sacrifice entier de deux générations envoyées à la boucherie ne suffisaient pas à invalider l’ensemble ou partie de sa politique, méthodes ou légitimité…

2 : Expo « Without Sanctuary »‘ ; plutôt qu’un long commentaire je vous mets le lien vers l’info RTBF qsui présente l’expo :

http://www.rtbf.be/info/societe/culture/des-photos-de-la-honte-a-arles-124039

07_juillet_arles_pro_062
(C) : Center for civil and Human Rights, Atlanta, Géorgie
Cartes postales de lynchages. Des gens bien ordinaires… Par ailleurs, cela s’est poirsuivi encore dans les années 50/60, je conseille à ce titre les romans, pour ne prendre qu’un exemple, dans la série noire de Bill Pronzini, sur l’amérique profonde.

3) « Hitler » : Portrait 1932 (« tartelettes »)

Texte non écrit en 1932 mais qui relate l’observation (pas la rencontre!) que Mann fît de l’Adolf à Munich en 1932… vraiment intéressant! Apprécié l’ironie mais aussi le portrait cinglant que Mann nous rend… Hitler en vorace mangeur de tartelettes…

 » (…) On ne pouvait me faire entrer dans la tête que les Allemands fussent sérieusement capables de prendre Hitler pour un grand homme – pour le Messie! Lui, grand? Il n’y avait pourtant qu’à le regarder!
J’ai eu, à plusieurs reprises, l’occasion d’étudier cette physiologie. Une fois de tout près, c’était en 1932, un an environ avant la « prise du pouvoir ». Il était alors un habitué d’un salon de thé du Carlton, à Munich, ce dont je ne savais rien, d’ailleurs, lorsque j’y entrai, un après-midi, pour prendre une tasse de café. Je me décidai pour cet endroit parce que le Café Luitpold – juste en face, de l’autre côté de la Briennerstrasse – était devenu depuis peu le rendez-vous des SA et des SS : une personne convenable ne le fréquentait plus. Le Führer, comme il apparaissait à présent, partageait mon aversion à l’égard de ses braves (…).
Il était assis là, entouré de quelques-uns de ses acolytes favoris, et savourait sa tartelette aux fraises. Je pris place à la table voisine, à moins d’un mètre de lui. Il dégusta une autre tartelette aux fraises, avec de la crème fouettée (les gateaux du Carlton étaient bons) ; puis un troisième – peut-être en fait était-ce déjà la quatrième. Je mange moi-même très volontiers des friandises ; mais la vue de sa gloutonnerie mi-infantile, mi-carnassière, me coupa l’appétit. Je voulais d’ailleurs, puisqu’aussi bien le hasard m’avait amené là, concentrer toute mon attention sur le gourmand de la table voisine (…).
Deux questions, surtout, m’occupèrent pendant les trente minutes passées en cette déplaisante compagnie. Premièrement, en quoi résidait le secret de l’impression qu’il produisait, de la fascination qu’il exerçait? Et deuxièmement, qui me rappelait-il, à qui ressemblait-il? Sans aucun doute, il ressemblait à un homme que je ne connaissais pas personnellement, mais dont j’avais souvent vu le portrait. Qui était-ce donc? Pas Charlie Chaplin. A Dieu ne plaise! Chaplin a bien la petite moustache, mais tout le même pas le nez, ce nez charnu, ordinaire, ce nez obscène qui m’avait aussi tôt frappé comme le détail le plus vilain et le plus caractéristique de la physionomie d’Hitler. Chaplin à du charme, de la grâce, de l’esprit, une grande force intérieure – toutes qualités dont on ne trouvait pas la moindre trace chez mon voisin, dévoreur de crème fouettée. Celui-ci semblait au contraire d’une substance et d’une constitution des moins nobles, un méchant petit-bourgeois au regard brouillé par l’hystérie dans une face blême et bouffie. Rien qui pût laisser croire à la grandeur, ni même à du talent.
Il n’était assurément pas réjouissant d’être assis près d’une pareille créature ; et cependant je ne pouvais me rassasier de la vue de cette gueule répugnante. Je ne l’avais, assurément, jamais trouvée particulièrement attrayante, ni en effigie, ni sur une tribune illuminée ; mais la laideur qui me faisait face à présent dépassait toutes mes espérances. La vulgarité de ses traits me tranquilisait, me faisait du bien. Je le regardais et je pensais : tu ne vaincras pas, « Schickelgruber », quand bien même tu cracherais ton âme à force de hurler. Tu veux dominer l’Allemagne? Tu veux être dictateur – avec « ce nez-là? Laisse-moi rire! Tu es tellement minable que tu pourrais presque faire pitié – si ta médiocrité n’était pas, justement, d’une espèce aussi spécialement repoussante… Fais-toi donc amener encore une tartelette aux fraises, « Schikelgrüber » – c’est bien la cinquième? – dans quelques années, tu ne pourras plus te le permettre ; un mendiant, oublié de tous, voila ce que tu seras dans quelques petites années. Tu n’arriveras jamais au pouvoir!
(…) On ne remarquait rien d’inquiètant. Rien que des patisseries empilées et, au milieu d’une douceur de crème fouettée, un petit homme antipathique mais certainement inoffensif, avec une petite moustache comique et un front buté, qui sirotait sa tasse de chocolat, entouré de compagnons aussi insignifiants que lui.
J’attrapais des bribes de leur conversation. Ils discutaient de la distribution d’une farce musicale qui devait être jouée pour la première fois ce soir-là aux Kamerspiele de Munich. Une de nos amies les plus proches, Thérèse Giehse, comédienne spécialisée dans les rôles de composition, en était le personnage principal. Le Führer déclara qu’il se réjouissait d’assister à cette représentation. Premièrement parce que les opérettes en général étaient une chose charmante (« Humour sain… on rit, pour une fois, tout son soûl »…) ; deuxièmement, et surtout, à cause de la Giehse, que lui, le Führer, trouvait « tout simplement formidable ». « Une artiste populaire, comme on en trouve qu’en Allemagne », affirmait-il sur un ton provocant, et il s’assombrit lorsqu’un de ses camarades signala avec ménagements que la dame, pour autant qu’il en sût, n’était pas une « pure » aryenne. « Un petit défaut… race pas tout à fait irréprochable… » murmurait l’acolyte maladroit – sur quoi le petit moustachu, qui avait parlé jusque là avec une circonspection un peu forcée, éleva la voix de façon menaçante. « Des ragots malveillants! trancha-t-il en fronçant les sourcils. Comme si je n’étais pas capable de voir la différence entre un talent naturel germanique et le chiqué juif! »
J’eus bien du mal à ne pas éclater. Quel dommage que la Giehse ne fût pas là pour entendre cela!
(…) Ça, ça n’arrivera jamais au pouvoir! J’étais parfaitement sûr de mon fait. Tu n’es qu’un raté, « Schikelgrüber ».
Pas d’auréole sanglante? Pas d’inscription? Pas le moindre signal d’alarme? Une nation qui avait toujours été si fière de ses poètes, de ses penseurs, acceptait de prendre une punaise paour « L’homme du destin ». Comment avait-on pu en arriver là? Ces allemands, je ne les comprenais pas. (…).

Je vous passerai, pour cette fois, où il dépeint qui sont ceux, y compris de ses amis, qui voteront pour le goinfre aux gâteaux… On en rencontre plein, tous emplis de force vitale et d’une inculture qui va de pair…

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5 réflexions sur “Du fascisme plus ou moins ordinaire… & « Hitler » par Klaus Mann (1932)

  1. ẄWẄ dit :

    Et on n’était alors qu’en 1932…Certains ont détesté, mais moi j’ai aimé le film "La Chute". Je ne sais pas si tu l’as vu.

  2. ♥.҈.҈.♥. Zéphyrine dit :

    Dans le livre "les Beinveillantes" de Jonathan Littell, un livre de 900 pages….On y trouve aussi ce passage, page 880…."Mon attention se fixait sur son nez. Je n’avais pas jamais remarqué à quel point ce nez était large et mal proportionné. De profil, la petite moustache distrayait moins l’attention et cela se voyait plus clairement: il avait une basse épaisse et des ailes plates, une petite cassure de l’arête en relevait le bout; c’est clairement un nez slave ou bohémien, presque mogolo-ostique…."

  3. Patrick dit :

    Merci pour l’extrait du livre de Jonathan Litell!!! Pas sûr que ça ait du lui plaire l’idée d’un nez slave ou bohémien à l’Adolph… La chute pas encore, j’ai pas mal de retard en cinéma depuis houla ; mais il fera partie de l’iconographie générale du travail que je mène sur Klaus Mann… J’arriverai a l’adapter et le jouer, on s’accroche – mais la matière est passionante!Et j’ai une très grande tendresse pour Klaus, c’est comme ça, une influence majeure pour moi, au même titre qu’un Peter Handke!!!

  4. Patrick dit :

    Les hasards de l’info? Petit "droit de réponse" en quelque sorte, de la part d’Obama, au commentaire de l’info précédente (ou Obama est "fustigé" pour son manque de prise de position dans les problèmes afro-américains".http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/07/17/barack-obama-prone-une-nouvelle-mentalite-en-sermonnant-les-afro-americains_1219901_3222.html

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