« Entrez-dans le rêve » – le récit avec CV…

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15 décembre 2009 par L'Ornitho

On me demande régulièrement pourquoi je travaille bénévolement pour l’UNICEF, tant en participant à des activités locales (organisation d’événements) destinées à la récolte de fonds qu’au travail de sensibilisation, que je préfère et pour lequel je suis bien plus compétent, auprès d’enfants principalement (animations scolaires, …).
Simplement, sans doute, parce que j’ai été un enfant moi-même, et bien que placé une dizaine de mois en institution (je pose cependant toujours la question : pourquoi place-t-on les enfants, plutôt que d’enfermer les parents quand ceux-çi ne respectent pas l’intégrité physique ou morale de leur rejeton?), et certainement grâce à ma force de caractère (mais oui!), je ne me suis jamais senti victime et, placé au milieu d’enfants orphelins ou plus « atteints » que moi, je me suis fais – vers 8 ans, la réflexion qu’il y avait des situations bien plus dommageables pour les gosses que ce que je vivais! D’où la décision de refuser le « NON », qui n’est jamais constructif en ce sens qu’un « NON » ne laisse place à aucune « chance » de changer les choses, que le « OUI » est plus constructif et ouvre à « toutes les chances », et parfois aussi à l’échec mais au moins il y aura eu « tentative », ouverture sur un « mieux possible ». Le « NON » est stérile…
Allez, voici donc un texte qui me présente, sous forme de récit et qui accompagnait le dossier de mise en scène de « Preparadise sorry now » de RW Fassbinder, dans lequel je jouais et pour lequel ce texte qui va suivre accompagnait mon CV, reprenant la forme de récit utilisée par Fassbinder pour présenter ses « personnages » (Ian Brady et Myra Hinley, surnommés les tueurs de la Lande et « célèbres » pour leurs meurtres et viols d’enfants, ainsi que leur attachement à « Mein Kampf », le nazisme et à Sade, que nos deux protagonistes, crétins de la première espèce, n’avaient lu qu’au premier degré… et Sade au premier degré ça peut vite tourner au vinaigre!
Me & my brother Thierry – vers 1968. Photo que mon père conservait dans son portefeuille
Je tiens à préciser, que ce texte, « authentique », n’a pas plû à tout le monde… mais là était bien le but.
Ce texte accompagne tous les CV et demandes de subvention que j’opère pour mes travaux de mise en scène depuis…
« Entrez dans le rêve », est en rapport avec le titre de chanson de Gérard Manset…
Lui – moi quoi, en gros et très entre les lignes.
Enfant tout à fait charmant au dire du voisinage carolopithèque, et plutôt plus « malin » que la moyenne il sait déjà lire et écrire à l’âge de cinq ans et cultive, dés cette époque, un goût certain pour l’indépendance, la solitude et les joies de la paresse apparente…Tout se passe plus ou moins normalement vu le contexte (parents postiers – merci les services publics et les parastataux!) : un père aimant autant l’alcool que le courrier, une mère dont l’amour postal stakanoviste et hystérique surpasse indéniablement le sens commun. Hystérie qu’elle ramenait à la maison, et c’était plutôt facile, car le bureau de poste était aussi la maison. Bref, entre une timbreuse acariâtre et un facteur qui décidément avait toujours soif, l’ainé des trois gamins pousse gentiment. Ca se gâtera l’année de ses 5 ans, lors de la mort par noyade dans l’eau du bain – plutôt accidentelle mais un doute subsiste – du plus jeune de ses deux frères et dont on ne pourra tenir le petit Patrick totalement responsable ; ce qui n’arrange pas la mère et son plan de carrière (notez qu’il y a comme ça des trucs qui vous poursuivent : à 13 ans il assistera pétrifié à nouveau – mais pourquoi? – à la mort par noyade de son chien, sous une chute d’eau, ce qui marquera la fin de son enfance à grand fracas humide et l’entrée dans l’adolescence, bien qu’il revendique aujourd’hui encore une grande part d’enfance!).
Et comme la mort d’un enfant ça n’arrange en rien ni l’acariâtrité ni la soif chez les adultes responsables, voila qu’on étiquettera le petit Patrick « enfant à tendance caractérielle » (ce qui pourrait signifier : supérieur à ses parents), ce qui arrange plutôt – enfin! – la mère et son plan de carrière…
Plus indépendant que jamais entre lectures, rêveries, ration-cuir de ceintures-à-boucle, qu’il ignore avec superbe (si!), petites copines du bas de la rue la semaine (Lulu, où es-tu Lulu?), de camping le week-end et le terrain de ses jeux des chantiers de démolition automobile, on finit par le placer en institution pour avoir mis le feu à son coffre à jouets et à la patience légendaire de la marâtre.
Hop, dix mois à la côte, dans les dunes de sable d’Oostduinkerque et ses baisers mouillés sur la bouche. Un vrai bonheur pour ce gamin de 8 ans curieux de tout et chouchou de toutes (mais pourquoi?) ; une expérience qu’il souligne marquante pour son évolution humaine. Evidemment, ça ne correspond pas au cadre des ambitions postales par express de la mère, qui fera des pieds des mains du cul, autant que ça serve, avec une opiniâtreté qui frôle d’audace l’indécence pour récupérer son rejeton. Ce à quoi elle parviendra sous conditions d’internat à Namêche, où son frère Thierry se trouve déjà. Cinq années qui seront, de la 3è primaire à la 1ère « rénovée » un autre moment de grand bonheur et d’ouverture aux autres, et où il connaîtra sa première grande amitié (Vincent, où es-tu Vincent?). Autre clause, pour cet enfant « qui recouvre de laine son coeur qui est déjà froid » selon les dires de la mère qui a écouté Brel au moins une fois dans sa vie, l’obligation (youkaïdi) de colonie de vacances, l’été, en Suisse (un mois dans l’enfance, deux à l’adolescence) ce qui conditionnera son goût réel pour la montagne. Avec les parents juste le week-end, et à la pêche avec son père le plus souvent possible où il entretient son indépendance et les vagabondages avec « Souky », son chien. Le père, ainsi, soustrait le fils mauvais à l’autorité toujours hystérique de la génitrice qui se demande, héhé, ce qu’ils peuvent bien se raconter. En fait : rien! Silence qui rapproche le fils d’un père finalement complice.
Se voir « extraire » de l’internat sera un petit drame pour Patrick, alors âgé de 13 ans, et plus ancien pensionnaire alors qu’enfin il y faisait la loi, sans même savoir bien jouer aux billes…
Les débuts de l’adolescence seront empreints de deux années d’école hôtelière à Rance, près de Chimay, à 40 kilomètres de Charleroi. Ecole qu’il fréquentera avec plus ou moins d’assiduité, entre brossage scolaire ou autres fugues hivernales avec frère (ils dormiront plusieurs nuits dans un antique corbillard Chevrolet, au cimetière de Dampremy et qu’ils voulaient voler pour rejoindre la Suisse). Période marquée par des « emprunts » automobiles et le sinistre total d’une Ford Taunus toute neuve! Pas vu, pas pris… Ce qui nous ramène à un autre de ses amours : l’automobile avec un grand « A », puis ensuite un « petit tas », outil de carrosserie. Métier de carrossier (tolier-peintre) dont il sera diplômé après 4 années d’apprentissage.
Le père décèdera pendant cette ère carrossière, le jour d’anniversaire de 15 ans de son frère (20 février 1982), en tentant de franchir à moto et tête la première la limite signalétique du panneau « Montignies-sur-Sambre », sur sa route. Le bruit que cela a du faire : « POC », et puis « SPROUTCH », puisqu’après avoir cogné du bonnet le panneau jaune à bord rouge et lettrage noir, il est retombé en arrière sur un piquet de fer et finira empallé (non, monsieur Léonard, non, vous n’entrerai pas dans Montignies-sur-Sambre!), ce qui reste une preuve que le Léonard a de l’humour même (et surtout?) face à la mort… Quand à la mère, depuis novembre 1988 il n’existe plus le moindre contact – rien à se dire. Voila!

C’est aussi en mai 1988, à l’âge de 23 ans, qu’il découvrira le théâtre et les planches… Il n’en est pas encore redescendu… « Entrez dans le rêve… » (Juin 2007 / Novembre 2009) ».

 

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 Petite piqûre de rappel, 2009 marquait le 20ème anniversaire de la déclaration des droits de l’enfant…
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7 réflexions sur “« Entrez-dans le rêve » – le récit avec CV…

  1. ♥ ♫ ♥ Nad'Ouche dit :

    Désolée Patichou,j’avais pas vu ce billet, dis donc du boulot à lire tout ça attends je mets mes lorgnons -lolje suis constamment déconnectée avec free, je commence déjà à regretter – grrr

  2. Patrick dit :

    Ho, y a pas urgence non plus! Un temps pour nous – y compris les flocons

  3. ♥ ♫ ♥ Nad'Ouche dit :

    Je crois que le théatre t’a sauvé, mdr’,tu vas me faire pleurer là – Je crois qu’avec une pareille enfance tu as muri plus vite que beaucoup.Si seulement on pouvait choisir ses parents – ☺ bisss Pat

  4. Patrick dit :

    Ceci dit, j’ai bcp aimé l’enfance! Tout cela reste une expérience humaine valorisante. Je ne me plains pas, ça a fait de moi l’adulte qui continue à rêver et qui refuse de dire "non"…Mais j’ai très tôt été indépendant, voir solitaire (j’aime!)J’espère juste rester tjs positif, loin des aigreurs. Le théâtre oui, et les voitures via le métier de carrossier, où je me suis posé et ai appris à aimer ce métier – mais les voitures c’est une bonne vieille histoire ‘d’amour’…

  5. ẄWẄ dit :

    Très beau texte. Cette photo toute raccornie coincée dans un portefeuille démontre bien des choses au delà du regard des enfants…

  6. -Nathalie- dit :

    M’a beaucoup ému ton texte … juste envie de te dire ça.Je ne te réveille pas à passer si tôt j’espère… Bisous et que 2010 continue à te faire suivre la route de tes rêves. Nat

  7. Patrick dit :

    Non non, tu ne me réveilles pas… Merci, mais je pense qu’en 2010 j’ai déjà réussi à me comporter comme en 2009 – rien à voir avec ce billet. Mérite pas tous les jours de rêver…

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