« L’institut Benjamenta », de Robert Walser au Théâtre Océan Nord (Bruxelles)

Spectacle en cours au Théâtre Océan Nord, à Bruxelles… Je m’en serais bien voulu de ne pas l’annoncer ou, pour le moins, d’en faire part… J’avais par ailleurs effleuré le sujet  lors du Billet consacré à « Les poissons rouges », précédent spectacle dans ce théâtre.

Je m’en serais bien voulu donc car Robert Walser, j’en suis friand et, pour l’avoir pratiqué, c’est un auteur surprenant, passionant. L’erreur eût été impardonnable, surenchéris-je, car le metteur en scène – Nicolas Luçon, et la Compagnie – Ad Hominem, sont ceux pour qui j’ai joué Blanche-Neige, du même auteur (oui oui, le rôle du Prince Charmant). Et en outre, j’ai aussi beaucoup aimé (c’est peu dire) les premiers et seconds dialogues de Walser (of course!) fin 2010, au Bozar, dans des mises en scène de Pascal Crochet…

Plus que mon discours, voici les commentaires de Nicolas Luçon, le metteur en scène, à propos de ce spectacle  « L’institut Benjamenta » :

« C’est la deuxième fois que j’en viens à cet auteur (création au Théâtre Océan Nord de Blanche-neige , 2006). Et c’est vrai, même si c’est bête à dire, que je me sens « lié » à son œuvre, encore requis par elle. J’aime ses personnages. J’aime leur naïveté, leur singularité désarmante, le regard espiègle et candide qu’ils portent sur le monde, parce que c’est un regard qui l’allège, qui l’enchante et qui l’innocente. J’aime leur décalage, leur inaptitude à faire de leur propre vie un fond utilisable. J’ai l’impression de les comprendre. Je comprends la tentation qu’a Jacob, dans L’Institut Benjamenta, de s’annuler, de disparaître, de se fondre dans la masse. Je comprends sa tentation de se délivrer de toute responsabilité, comme le tentent aussi Les Idiots de Lars van Trier. Je comprends ses révoltes lorsqu’il se revendique… Et je comprends aussi lorsque, soudain, il préfère s’oublier, s’effacer, lorsqu’il veut faire cette expérience impossible de n’être rien ».

Nicolas Luçon.

L’Institut Benjamenta : le roman (c) -Théâtre Océan NOrd

« Simon Tanner, dans Les enfants Tanner (Robert Walser – 1907), ne faisait que raser les murs et passer par des trous. Il ne voulait prendre sa forme définitive que le plus tard possible. Jacob, dans L’Institut Benjamenta (1909), pousse la logique encore plus loin : n’ayant, en définitive aucun but pour lui-même, il désire n’être plus qu’un beau zéro tout rond, ne plus servir que les intérêts d’autrui et s’annuler au profit du service. Se soumettre au règlement rigide de l’Institut, c’est une façon, pour lui, de retrouver un accès paradoxal vers une vie non encore étouffée par la possession et par la contrainte. Je ne peux respirer que dans les régions inférieures dit Jacob, et de fait, cela fait partie de son programme de caméléon : se fondre dans l’insignifiance ; redevenir anonyme et sans apparence, comme Kraus, son condisciple ; glisser d’une marginalité visible à une marginalité invisible.

On peut même dire que l’Institut s’avère pour lui le lieu idéal, le lieu rêvé ; les injonctions du règlement sont-elles absolument vides de sens ? Après tout, tant mieux : une loi vide, arbitraire, est toujours moins écrasante qu’une loi mûrie, pensée et chargée de pertinence morale. Ses condisciples sont-ils frappés d’imbécilité, ou, comme il le dit lui-même : franchement mal partagés ? Après tout, tant mieux : quitte à obéir, autant le faire le plus innocemment possible. Être innocent, c’est se délivrer de l’esclavage intime de sa propre conscience. L’Institut n’offre-t-il à Jacob aucune sorte de débouchés ? Après tout, tant mieux : il ne sera pas obligé d’arriver quelque part. La vie pourra se suspendre en un pur présent incompréhensible, en une attente ouverte et contemplative, en un long rêve giratoire, placé hors du cours du temps et des évènements… »

Robert Walser, l’auteur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Walser_(%C3%A9crivain)

Théâtre Océan Nord : http://www.oceannord.org/spip.php?article48

Page groupe Facebook « L’institut Benjamenta » : http://www.facebook.com/?sk=lf#!/home.php?sk=group_187813014595134

Jusqu’au 2 avril 2011

Représentations à 20h30
Excepté les mercredis à 19h30
Relâche dimanche et lundi

Voila, et foi de walsérien, allez-y, en toute poésie… légère, légère,… Y serai cette semaine, sais pas encore quand.

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13 réflexions sur “« L’institut Benjamenta », de Robert Walser au Théâtre Océan Nord (Bruxelles)

  1. Ah bah d’accord! Il a envoyé le truc avec en plus « détection d’un doublon » alors que j’étais encore en train de taper mon mot…

  2. Le problème rencontré par ẄWẄ, je l’ai souvent, principalement avec fessebouc.
    Pour ẄWẄ, ce n’est plus un doublon mais un quintuplon !
    J’avoue que je vais rarement au théâtre mais la préface de Nicolas Luçon, donne envie d’en connaitre un peu plus.
    Merci des renseignements.

    • Nicolas est qqn qui a une grande sensibilité, qui réfléchis bien et longtemps avant de se lancer… et un grand amoureux de Walser ; ca a tjs été un plaisir que de partager le travail sur cet auteur, de l’écouter en parler.

      D’excellents comédiens aussi, Denis Laujol est tjs superbe et très fin – un bonheur de le voir jouer chaque fois ; et Walser, ca va lui coller comme un gant. De toute manière, une très belle équipe, quelle que soit la compétence (scéno, costumes, …)

  3. Encore ce soir (samedi 2/04)! Ne le manquez pas si vous le pouvez, un superbe travail, un splendide textes et d’excellents comédiens.

    Vraiment, vraiment, vraiment.

    Et Walser c’est magique, poétiquement … concret.

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