Les States – bouquins (J. Thompson, H. Selby Jr, M. Collins)

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22 septembre 2011 par L'Ornitho

A voir les événements je repense à quelques bouquins, qui nous décrivent de manière crue et sans angélisme les « fondements » d’une manière de penser, la violence et la résolution de celle-ci … pas la vérité forcément toute faite (heureusement!), mais un sacré coup de projecteur ; certains sont anciens, mais je n’ai rien lu de récent qui apporte un regard neuf ou un discours différent – je ne lis plus assez.

Comme ça, en vrac, bcp dans le polar par ailleurs :

– « 1275 âmes » (Pop. 1280) de Jim Thompson (Folio n°1953) ; bouquin qui a par ailleurs la qualité d’être très drôle et d’un cynisme délicieux (sic) – dont Tavernier à fait un assez faible « Coup de torchon » au ciné. « Des cliques et des cloaques » est pas mal non plus.

Jim Thompson

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jim_Thompson

– « Last Exit to Brooklyn » de Hubert Selby Jr, d’une rare violence, et rien qu’à partir de mots dans des situations banales du quotidien de l’Amérique d’en bas (un auteur qui me ferait penser à un mélange entre Céline et Harold Pinter, mais en nettement plus brutal côté langage). Last Exit … un bouquin sans porte de sortie. Violent, très violent. Un des derniers livres que j’ai lu. Mon premier de cet auteur. Collection 10/18 domaine étranger n°2393.

Hubert Selby Jr

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hubert_Selby

– « Le fou au flingue » (Minesota Strips) de Michaël Collins (Aka Dennis Lynds), polar à la série noire n°2138. Lui c’est un cas particulier, Collins! Un auteur que j’admire tant sa démarche d’écriture est une réflexion sur la durée. Au travers du personnage de Dan Fortune, détective privé manchot, que Collins a développé sur une bonne trentaine d’années. Intéressant de voir l’évolution entre les premiers et derniers de cette « série », et constater à quel point ce personnage, plutôt sympathique (un privé forcément, par ses défauts), et ici sorte de anti-héros « parfait » qui s’en prend plein la gueule en permanence, a évolué – et comme la vision qu’il nous donne de la société américaine est pessimiste et comme prise dans une spirale de violence où personne ne s’en sort, les retournements de veste légions et comme cautionnés par le « chacun pour soi » (comment adapter un autre comportement reste aussi une question!). De toute la série, celui qui vous laisse le plus sur une forme de dégoût d’impuissance. Ai la nette sensation que cela reflète aussi le mental de son auteur. A lire ceci dit chronologiquement, « série » qui court de 1967 à 1995

http://en.wikipedia.org/wiki/Michael_Collins

Michaël Collins

Voila, trois auteurs aussi qui ne se placent jamais d’un point de vue misérabiliste, mais bien d’un point de vue très humain, avec une grande sensibilité, intelligence mais sans compromis… Quand ils vous entraînent « dans le bourbier », ils y sont avec vous lecteur.

Je mentionnerai aussi des auteurs comme Bill Pronzini (« Qui traque-t-on? »),  ou encore tjs à la Série Noire, à leur manière particulière, Ed Mc Bain ou Charles Williams, avec le redoutable et tellement drôle « Aux urnes, les ploucs! ».

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21 réflexions sur “Les States – bouquins (J. Thompson, H. Selby Jr, M. Collins)

  1. « Le cri de la putain dans les rues
    Tissera le drap froissé de la vieille Angleterre »

    William Blake,
    Auguries of Innocence.

    Voila qui introduit « Minesota Strip » (le fou au flingue) de M. Collins.

    Autres qualités de ces trois auteurs, ils ne sont jamais moralisateurs, ne prétendent pas avoir « la » solution ; non la violence est là, et ils sont témoins, la seule chose qui compte n’est pas comment s’en sortir, mais « comment se faire le moins mal », quitte à user de violence …

    Reviendrai à ces auteurs, par quelques extraits prochainement.

  2. zippojp dit :

    ouai bon, j’ai fait Hambourg ..et tout ce qui va avec !!
    hein?comment…bon tu suis mes pensés là !!
    et oui ,j’suis toujours là …bon week end a toi 😉
    et aux autres d’ailleur 🙂

  3. ẄWẄ dit :

    Récemment, j’ai vu le documentaire « Searching for the Wrong-Eyed Jesus »(2004),ça m’a laissée rêveuse… « Deliverance » en pire!

    • ẄWẄ dit :

      Il ne faut pas faire de généralités, quelques personnes ont quand même l’esprit ouvert… mais, ça fout les boules.

      • Connais pas ce docu’ ; vais chercher!

        Dans l’Allemagne nazie aussi, au début, il y avait des gens à l’esprit ouvert … on leur a dit de le et la fermer … Ils en sont morts ou ils ont dû s’exiler.

        Mais bon on en est pas tout à fait là aux States, il y a encore de la marge – même si le fascisme économique règne …

        Et Obama, pas de quoi être fier, refus de reconnaissance de la Palestine, silence radio sur Troy Davis , il blanchit …

  4. Pour en revenir à Collins et son privé manchot, très malchanceux en amour – très comme tout le monde en fin de compte, ce que j’aime c’est que chacun des bouquins n’est pas un épisode, ni une suite à un précédent comme peuvent l’être parfois des « séries » (je pense aux polars, excellents, de Raymond Chandler voire même du rigolo Carter Brown et les héros qu’ils mettent en scène) ; la grande qualité est qu’il explore, à travers Dan Fortune, et à travers la durée les facettes de la société américaine à partir des microcosmes de la rue – malfrats, bandes criminelles organisées mais de petite taille (échelle d’un quartier) pour en ressortir, à l’échelle, un vrai visage de l’Amérique qui ne lui plaît pas. On pourrait même le trouver très à gauche – forcément s’il a une vision humaniste, s’il n’était aussi pessimiste et désabusé sur la société qu’il décrit. Il fait effectivement partie des auteurs qui mettent en avant leur « personnage » au-delà de la situation scénaristique qui ne sert que de décor à son discours.

    Franchement, « Minesota Strip » (en français « le fou au flingue »), est un chef d’oeuvre de la littérature noire – deux niveaux de narration dans le texte, qui alternent, plus de 300 pages – c’est énorme pour un polar, et bien plus long que son format habituel… la fin est un peu complexe je le reconnais, car il faut revenir aussi à « l’histoire », ici prétexte de ce tueur un peu fou qui n’est que l’image d’une Amérique malade de son absence d’équité sociale, une Amérique qui sacrifie sa jeunesse (les traces du Vietnam se font tjs sentir), mais aussi une interrogation sur la « différence » et les classes sacrifiées (au delà de son handicap physique – bras perdu à la guerre, ce qui n’est pas rien dans les 60’s… plus de statut « humain », un élément qu’on retrouve dans la littérature allemande sous le nazisme – là aussi une « insane » société, chez Ôdon von Horvath dans « Un fils de notre temps », l’histoire d’un soldat allemand qui s’engage pour avoir un « statut humain », échapper au chômage… et qui blessé au bras lors d’un combat, perd du jour au lendemain son humanité : il est devenu un sous homme et rejetté).

    Voila. Je le recommande chaudement et est suffisament fort pour échapper à « l’obligation » de lire les précédents.

    Un bouquin qui vous retourne, vous entraîne toujours plus profond, à chaque lecture.

  5. leodamgan dit :

    J’ai lu Selby et vu le film qu’on a tiré de « Last exit to Brooklyn » que j’ai trouvé aussi fort.
    Mais je n’ai pas lu les deux autres dont tu parles. Je retiens les noms des auteurs.
    Et que penses-tu de Chester Himes? J’ai lu tous les livres de lui que j’ai pu trouver.

    • Pas vu le film! Chester Himes, autre Maître du polar, aussi qqn qui à un propos assez sombre, et avec un humour assez corrosif – pas un gentil non plus ; et j’en ai lu aussi qques uns.

      « Tout pour plaire » est très drôle, cfr « La reine des pommes », un de ses meilleurs ou « Il pleut des coups durs ».

      Pour Jim Thompson, on le trouve en Folio ; pour Michaël Collins, je ne sais pas, je l’ai depuis longtemps en Série Noire. Parfois faire les brocantes de bouquins, on trouve des SN pas chers dans des états plus qu’acceptables.

      Autres très bons : Donald Westlake/Richard Stark/Tucker Coe (c’est le même sous des pseudos différents), Lawrence Block, Dashiell Hammett dans les tout tout grands, Donald McKenzie, Mc Givern … une mine ; très souvent mésiestimé et même catalogué « littérature de gare » le polar, alors c’est d’une richesse incroyable pour la critique soc(iét)ale, et surtout le langage, très direct.

      • leodamgan dit :

        Le film vaut la peine. Il est sorti en DVD il y a quelques années. Je l’ai trouvé à la médiathèque de chez moi.
        Oui, je les connais, ceux-là. Et Westlake a un humour qui me plait.
        Dans le genre polar bien noir écrit par quelqu’un qui sait de quoi il parle (du vécu), tu as lu Edward Bunker? James Ellroy l’admirait.

  6. Non, mais je découvrirai Bunker – ai bien déjà entendu citer son nom, mais je ne connais pas au delà de ça ; James Ellroy faudrait aussi que je m’y attache un peu.

    Autre météore, chez Michael Avallone – qui a bcp écrit, trop presque mais qui a pondu ce chef d’oeuvre de délire pervers et d’humour psychopate qu’est « Orgies funéraires » ; une critique très forte de la bourgeoisie des « nouveaux riches » qui ont vieillis (genre qui se construit des cités à leur usage personnel, avec milices privées etc), avec comme perso principal un embaumeur … vraiment délicieux, ce bouquin. Le reste d’Avallone est moins pertinent, plus commun. Auteur de « Mannix » aussi.

    http://eireann561.canalblog.com/archives/2011/01/24/20184396.html

  7. Eireann Yvon dit :

    Merci pour la citation……
    Yvon

  8. snake0644 dit :

    J’ai lu « Last exit to Brooklyn », à l’époque je l’avais trouvé cauchemardesque, mais très fort, très vivant. Je note les deux autres.
    Le fascisme règne aussi en France dans certaines grandes entreprises pour les relations entre les petits (et grands) chefs et les employés. Je peux témoigner que dans certains services, on sélectionne les personnalités ayant des problèmes relationnels, tendance psychopathes, pour en faire des chefs, avec autorisation de flinguer moralement les « inférieurs ». L’argument, c’est toujours et encore : « Un chef n’a pas à se faire aimer ». Jusqu’au jour où il y a des vagues de suicides. Quand je travaillais à La Défense, dans la tour voisine « Total », un employé s’est fait sauter la cervelle dans le bureau de son chef, pendant un entretien…

    • Cauchemardesque est le mot , très vivant aussi : ca nous parle d’êtres humains

      L’entreprise est assi un sacré « microcosme » où on peut observer la société dans son ensemble ; toute cette compétition absurde de tous au bénéfice de quelque uns. Et ce goût du « pouvoir » de certains, obligés d’être abjects pour se sentir exister.

      Une violence très policée, l’entreprise – là aussi, comme dans les bas-fonds tous les coups semblent permis, en costume-cravate cette fois.

  9. Ce petit mot pour vous signaler que je viens de faire un lien vers votre blog à partir de la page d’accueil de mon site, ainsi que dans la page « blogs amis ». A bientôt.
    http://jeanpaulgalibert.wordpress.com

  10. Merci!

    A tout bientôt, oui!.

  11. Brigitte H.B. dit :

    Ca tombe a pic ton billet pour moi, je suis entree dans une phase-fureur-de-lire aigue, je note Michael Collins, Charles Williams que je ne connais pas.
    Last exit to Brooklyn est sur ma liste depuis longtemps, faut que je l’achete.
    1275 ames, j’ai beaucoup aime….
    Je viens de lire  » Le dahlia noir » d’Ellroy ….Bien noir et bien serre !
    et « le faucon de Malte » de D.Hammett : 2 grosses pieces du roman noir us.

  12. Brigitte H.B. dit :

    J’en ai deja parle, et je remets ca : un chef d’oeuvre moins connu, a lire absolument :
    « La conjuration des imbeciles » de John Kennedy Toole
    ( A confederacy of Dunces )

    Chouette ton billet, Patrick, a plus…!

    • Merci merci! J’aime bcp tous les bouquins qui nous plongent dans l’amérique profonde plutôt que dans la « jet set » new-yorkaise, même si celle-çi reste intéressante

      Je note aussi pour ma part le bouquin de Toole. « Le faucon de Malte » reste une référence, au même titre que son auteur… C’est le Polar de l’art lol!

      Ca fera pas mal de lecture à voir toutes les propositions, à gérer avec la reprise des cours – va falloir faire gaffe pour pas replonger …

  13. Asphodèle dit :

    Ha oui ! Merci de m’avoir laissé le lien vers ce billet très intéressant ! Je me rappelle Jim Thompson et « Série Noire » avec Dewaere et Marie Trintignant (tiré de « Des cliques et des cloaques », Coup de torchon aussi… Là on est davantage dans le roman noir que dans le polar mais c’est intéressant ! J’en ai lu un l’an dernier, excellent c’est « Le diable tout le temps » de Donald Ray Pollock. Là aussi l’Amérique d’en bas et ce qu’elle peut engendrer de folie en prend un coup…

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