A few words from Ismaïl Kadaré : « Prométhée » ; (republication)

En ce matin de départ pour la mer (Niewport, Mer du Nord), avec mes petites camarades de classe (des garçons aussi, mais cette fois en gentleman le féminin l’emporte) – en fait les 3 années de la section pédagogique (une centaine d’élèves) réunies pour un stage de « parrainage » ou « intégration ».

Le plus rigolo c’est qu’on a reçu une listede choses … à ne pas faire. Mouais. Vive la désobéissance et la subversion – instit’ c’est pas méga subversif … soit.

On va devoir présenter des « choses », qui concernent « le métier d’enseignant ».

Je compte bien présenter ceci, j’espère dans une forme théâtrale (temps??). Subversif on a dit. Un texte de Ismaïl Kadaré, auteur albanais engagé (si! ça existe, c’est vrai même là-bas …).

« Prométhée »

Dédié à tous les vrais révolutionnaires

« Depuis trois jours déjà, l’aigle ne venait pas, comme à l’accoutumée, lui manger le foie. Pour la première fois depuis dix mille ans, ses terribles souffrances ne le tourmentaient pas. Son corps, appuyé au rocher connut le repos. Il avait sommeil. Quelqu’un était intervenu auprès de Zeus, pensa-t-il avec indifférence.

Le quatrième jour, il sentit, dans son flanc, son foie qui grossissait et devenait pesant. A la place où s’enfonçait le bec de l’aigle, il sentait maintenant une masse amorphe, calme et confortable qui grossissait petit à petit et s’étalait sur son corps. Ses muscles, tendus chaque jour par la souffrance, s’amollissaient, se relâchaient comme gagnés par le sommeil.

Que se passe-t-il? se dit-il, le cinquième jour, comme au sortir d’un mauvais rêve. Où est l’aigle? Pourquoi ne vient-il pas? Son foie avait beaucoup gonflé maintenant, et il pendait de son corps telle une belle et douce éponge**.

Le sixième jour, il sentit que son foie était tranquillement en train de le recouvrir tout entier. Si l’aigle ne vient plus, je vais mourir, se dit-il, plein de ressentiment. Il sentit qu’il allait mourir de bien-être. De toute sa vie il n’avait jamais accepté aucun compromis. Bien des gens avaient voulu le réconcilier avec Zeus, mais il avait accueilli leurs ouvertures avec mépris.

– Qui a osé encore intervenir pour moi? rugit-il.  Mais alentour il n’y avait personne pour l’entendre. Tout à côté, un petit morceau de brouillard passait doucement. Plus loin, il pleuvait.

Le septième jour, il lui sembla voir, au loin, approcher les ailes de l’aigle. Mais ce n’était pas l’aigle. C’était un avion de transport qui volait lentement au-dessus des montagnes.

Il laissa pendre sa tête sur sa poitrine et attendit dédaigneusement la mort. Mais, à l’instant où ses yeux allaient s’éteindre, il distingua loin, très loin, entre deux nuages, une petite tache qui approchait et grossissait continuellement. Il leva la tête, tendit ses muscles et attendit le terrible coup de bec. Quand il s’enfonça, comme d’habitude, d’un coup lourd et sourd dans son foie gonflé, il se dit : Je suis sauvé.

Des nuages pesants et noirs passaient au-dessus de lui, telles des corbeilles géantes remplies de vapeur, de fracas et d’électricité ».

Ismaïl Kadaré, en 2005

 

 

 

 

 

VOILA!!!

Autre phrase splendide, tirée de « La ville du Sud », que je conseille pour sa drôlerie et son humanité :
« A ce moment, ses yeux cendrés me parurent deux ruines miraculeuses ».
Cette phrase, je suis malade de pas l’avoir signée de ma main …
A dans 3 jours!
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13 réflexions sur “A few words from Ismaïl Kadaré : « Prométhée » ; (republication)

    • On s’est bien amusés – j’ai même participé à une « flash Mob » (gosh!) … ai fait un effort pour danser un truc débile … peut mieux faire!

      1 parmi 150 ca se voit pas trop – même si je me suis as planqué ;o)

  1. Très bel humour noir. (Il manque un peu de persil et du vinaigre).
    Il y a un certain chaos dans le système d’abonnement aux billets des blogs. Il ont dû écraser accidentellement certains fichiers ou certaines « tables ».

  2. Pour la taille de l’écriture, je ne sais pas comment tu as intégré ce texte, alors j’aurais du mal à te conseiller. Tu as fait du copier/coller depuis le web, ou depuis un fichier de ton PC? Bizarre de ne pas pouvoir agrandir tout de même… Tu étais sous l’éditeur WP?

    Mais j’ai réussi à le lire, alors ce n’est pas si dramatique.

    Ce texte est aussi fort qu’étrange et d’un sens difficile à saisir aussi. On peut lui trouver bien des explications différentes. Un vrai défi.

    • C’est un « double copié-collé » ; je l’avais recopier du précédent billet … ca n’allait pas ; ai donc c-c le texte sur mon traitement de texte (open office writer), en mettant un « grand caractère » (Arial 11 précisément), pour ensuite le recopier de Writer sur le blog … rien n’y a fait.

      Ca reste lisible oui!

      Ca serait un beau jeu, défi, de faire des propositions :))) – j’ai une idée assez précise de ce que cela doit être – y ai forcément bcp réfléchi pour l’avoir fait jouer (et ce en dansant une danse traditionelle albanaise) à mon comédien et partenaire de scène – en fait c’est l’aigle qui pour moi racontait l’histoire au public… pauvre Caspar… mais c’était d’une drôlerie délicieuse… et subversive – qui connaît mieux Prométhée que l’aigle hein!?

  3. En ce qui concerne mon blog, je n’ai plus le choix de la couleur ni de la police d’écriture, donc je fais comme il dit. J’ai remarqué cependant qu’il me fallait retaper et non copier/coller.

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