Message National pour la Journée Mondiale du Théâtre par Jean-Marie Piemme / Institut International du Théâtre

Ce billet se partage en 2 parties.

D’abord « Le message national pour la Journée Mondiale du Théâtre« , par Jean-Marie Piemme, dramaturge de réputation internationale et enseignant à l’INSAS – que j’ai eu l’immense avantage d’avoir comme prof pendant 5 années, ce qui n’est pas rien.

Article repris dans la version belge francophone « ITT Wallonie-Bruxelles », dans l’actualité internationale.

Ensuite, je tenais aussi à proposer une présentation, courte mais « complète », de l’Institut International du Théâtre – dont la Belgique est l’un des huit pays signataires de la Charte instituant l’Institut international du Théâtre, en 1948 à Prague, sous l’égide de l’UNESCO.

Donc, pour commencer, le « message », daté du 27 mars 2012, de Jean-Marie Piemme. Un texte que je trouve fort, lucide et qui recentre bien « la place et/ou les missions du théâtre d’aujourd’hui dans la société d’aujourd’hui ».

Un texte qui permet de bien comprendre les enjeux et fondements du théâtre.

« Jamais la paix dans le monde n’adviendra par le seul mérite du théâtre.

La paix dans le monde est affaire de politique, de forces politiques en chocs, de mouvements sociaux, de luttes dans le réel. Le théâtre qui prêche, fut-ce pour une cause juste, raisonnable, dont on souhaite de tout cœur la victoire, n’est pas, n’a jamais été autre chose qu’une manifestation d’idéalisme au sens le plus péjoratif du terme. La bonne volonté, le politiquement correct, les paroles lénifiantes, l’exaltation des messages positifs n’ont jamais fait du bon théâtre. Est-ce que Sophocle prêchait la paix ? Est-ce que Shakespeare prêchait la paix ? Est-ce que Beckett prêchait la paix ? Difficile de l’affirmer. Avec Adorno, Horkheimer ou Edward Bond, il faut rappeler que la barbarie n’est pas le contraire de la civilisation, mais un de ses effets possibles, comme l’Allemagne des années trente, si philosophique, si artistique, si lettrée, si cultivée, si éduquée, l’a hélas montré dans son épisode nazi.

Que peut le théâtre aujourd’hui ? Presque rien. Beaucoup.

Presque rien si on en fait un vecteur de rédemption, si on le charge de bons sentiments et d’une vertu miraculeuse, d’une puissance démiurgique qu’il n’a pas, si on le croit porteur d’une aube absolue, sans comprendre que la croyance en une aube absolue s’alimente toujours à la fable d’un dieu qui crée le monde à partir de rien.

Beaucoup, énormément, s’il s’agit d’éveiller, d’activer, de fortifier en chacun les forces de la lucidité et de l’imagination. Penser ce que nous sommes, ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne devons pas être, ce que nous pourrions être, ce qui nous est arrivé, ce qui pourrait encore nous arriver, penser que le réel est touffu, mouvant, imprévu ; qu’il contient une multiplicité de possibles et que son état actuel ne traduit en rien une obligation, un destin inévitable ; le penser en artistes et nourrir l’imaginaire en conséquence, faire travailler des formes spécifiques pour dire le monde et nous dans le monde, sachant que nos prédécesseurs se sont affrontés aux questions de leur temps, que nous ne sommes pas les premiers et pas les derniers à le faire : le pain ne manque pas sur la planche.

Beaucoup encore si on cherche quelque chose qui vienne du texte, qui vienne du corps, qui vienne du son, des images, de la musique, quelque chose qui surgisse de tout cela ensemble si on le souhaite, articulé, ordonné, construit, habité par une vision, un souffle, un point de vue ; mais quelque chose qui nous arrache tous (salle et scène) aux marécages actuels de l’insignifiance. Nous avons besoin de manifestations scéniques fortes, intenses, pointues qui affinent la sensation, de prises de position qui aiguisent l’intelligence de nos rapports au monde et multiplient nos résistances à l’aveuglement. Elles existent, il faut en souhaiter davantage. Leur mérite est de trancher sur le devenir unidimensionnel d’une époque et d’un système politique qui veulent nous imposer le double cancer de la marchandise et du profit. Nous avons besoin de trouble et d’inquiétude pour contrer le confort des certitudes, des évidences, du raisonnable, du définitif, pour fêler l’arrogance des experts, pour dégonfler la « vérité » des églises, pour regarder la politique qui nous regarde et souhaiterait nous inféoder à la loi du rendement. Nous avons besoin de complexité contre le bruit simplificateur des discours qui ont pignon sur rue, nous avons besoin de joies artistiques violentes pour déjouer la tristesse d’un présent sans horizon.

La grande vertu du théâtre n’est pas dans sa capacité de bonté ou de compassion, dans une rectitude bien-pensante ou dans une bonne conscience victimaire. Elle réside dans son obstination à faire voir le visage contradictoire et tourmenté du réel, sa grandeur et sa bassesse, sa gravité et son dérisoire, sa séduction et sa malfaisance ; à l’afficher, ce réel, avec une inventivité, une puissance formelle, une visée de jouissance à cette forme qui densifient chez chacun la conviction qu’une autre façon de vivre est possible. Sophocle, Shakespeare ou Beckett n’ont rien fait d’autre que de montrer l’impossible du monde, mais ils l’ont fait de façon telle qu’ils ont donné à l’Humanité, par le travail de leur art, par leur investissement dans ce travail, autant de raisons d’espérer que de désespérer.

Cette contradiction est une ligne de crête sur laquelle nous pouvons marcher sachant qu’ainsi nous ne serons ni des oiseaux de malheur, ni des dealers d’optimisme, mais des hommes précaires parlant à d’autres hommes précaires dans des temps incertains« .

(c) 2012 – ITT Wallonie Bruxelles – Jean-Marie Piemme

 http://www.jeanmariepiemme.net/

NB : voyez sur le site les entretiens avec Jean-Marie Piemme :

http://www.jeanmariepiemme.be/10-minutes-avec-jmp/

(c) image : Jean-Marie Piemme Photo : Le Soir/PYT

Autre article intéressant, in  Le Soir culture » du 6avril 2011

http://www.lesoir.be/culture/scenes/2011-04-06/le-theatre-est-un-artisanat-de-contrefacon-832706.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Piemme

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Seconde partie : présentation sommaire de l’Institut International du Théâtre :

Buts ; missions recouvertes par l’organisation :Fondé en 1948 par l’UNESCO et la communauté théâtrale internationale, l’IIT est le partenaire principal de l’UNESCO pour ce qui concerne les arts de la scène.
L’idée était d’encourager les arts de la scène au plan national et international en créant une organisation qui assisterait l’UNESCO dans son travail pour la compréhension mutuelle entre les peuples, les nations, les communautés ethniques, religieuses et régionales.
Une organisation, donc, qui aiderait, grâce à la créativité des arts vivants et des artistes membres, à rendre possible la paix sur terre.
Cette vision était si forte que l’IIT est passé d’un ensemble de quelques membres à une organisation mondiale avec des Centres actifs, des Comités et un imposant calendrier d’événements.
Dans plus de 90 centres nationaux, les gens de théâtre mettent leur art et leur personne au service des échanges culturels et de l’entente entre les peuples. L’IIT encourage les rencontres entre les professionnels du théâtre à travers ses programmes de rencontres, des colloques, des ateliers et des festivals, par la publication de périodiques et de livres internationaux.

http://www.iit-walloniebruxelles.be/spip.php?rubrique4

Le Centre belge francophone de l’Institut International du Théâtre est soutenu par la Communauté Wallonie-Bruxelles
Mission :
Elargir la coopération entre les gens du théâtre
Soutenir la formation et le perfectionnement des jeunes artistes professionnels
Assurer la protection des artistes et de leurs œuvres
Sensibiliser l’opinion publique à la prise en considération de la création artistique dans le domaine du développement
Lutter contre toutes les formes de racisme ou de discrimination sociale et politique.
Autres articles Internationaux ITT Wallonie-Bruxelles :

 http://www.iit-walloniebruxelles.be/spip.php?rubrique7

Message de John Malcovich, à l’Unesco Paris, pour le 50è anniversaire de la  Journée Mondiale du Théâtre :

Fondation à Prague, en 1948 :

http://unesdoc.unesco.org/images/0007/000737/073790fo.pdf

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12 réflexions sur “Message National pour la Journée Mondiale du Théâtre par Jean-Marie Piemme / Institut International du Théâtre

  1. « Donner autant de raisons d’espérer que de désespérer » ; j’aime bien ce « rôle » du théâtre.

    Franchement, prenez le temps de lire le texte deJean-Marie Piemme. Ce n’est pas la vision du théâtre, mais une vision possible, singulière, du théâtre.

  2. Vous l’aurez sans doute compris … je reviens au théâtre!!!

    Le cinéma, c’est bien mais c’est 1000X trop facile … même si c’est exigeant. Et amusant.

    Mais ce n’est pas viscéral, comme la scène. Et pas assez engagé, idéologiquement.

      • Et j’ai besoin que « ça cogne ».

        Public : me voila de retour! – pour « mon meilleur » et « votre pire ».

        « L’ère des poissons », pour novembre. (« Ding »).

        • (« dong »)..bon je reviens sur cette histoire de messages,sur un mois cela fait deux fois que j’ai un compte supprimé….ça commence a me gonflé ! 😦

          • Ca m’est arrivé il y a qques mois, j’étais pas content,j’utilise la même messagerie depuis 2004, et j’y ai tous mes contacts professionnels et enseignants avec qui je bosse … et qui se sont vus innondés … J’ai d’ailleurs signalé ton mail comme « piraté », et tu n’es pas le seul, j’ai plusieurs contacts qui semble-t-il sont porteurs du même mal…

  3. Il n’y a pas si longtemps (avant le XVIIIème), le Théâtre était considéré comme un divertissement contraire à la vertu et la morale. J’adore le théâtre chinois de la période maoïste qui permettait au Peuple (avec un grand P), de s’orienter avec aisance dans une réalité, assez « opaque » en effet.

    • Peut-être est-ce un problème si, aujourd’hui, il n’est / n’était plus contraire à certaines formes de morales … qu’il ne le soit plus serait hautement problématique… Si l’on voit les manifs des extrémistes cathos lors de certains spectacles, on peut dire « ouf », il joue encore son rôle … subversif.

      Je dois bien avouer que le théâtre chinois maoïste m’échappe un peu, mais les productions soviétiques ou d’Allemgne de l’ESt sont assez surprenantes et d’un intérêt ploitique et artistique certain, et ce depuis plus de 50 ans!

      • Le théâtre chinois, c’est le théâtre le plus kitsch que je connaisse. Seule la Corée du Nord a su garder cet esprit kitsch. (Ce qui ne veut pas dire les patrons psychotiques de ce régime soient fréquentables).

        • Kitsch je n’en doute pas … et l’art de la mise en scène nord-coréen(n)e surtout lors d’obsèques est d’un baroque inégalé … à en faire peur, un grand théâtre de marionettes dirigé par des fantoches en costumes et bombe nucléaire … Psychotiques est le mot. Et en Corée du Nord, la scène est dans la salle et vous regarde très sournoisement, fait pas bon être spectateur obligé là-bas. Maintenant le théâtre capitaliste sud coréen ne m’inspire pas beaucoup plus, les mêmes fantoces et marionettes, mais d’autres ficelles.

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