« L’heure Bleue », performance de Georg Keller, les photos etc ..!!!

Petit retour photo sur la performance « l’heure Bleue », représentée le 15 juin dernier, sur Bruxelles – ce n’est pas à proprement dit un spectacle, mais c’est le résultatd’une rencontre entre Art contemporain, espace et comédiens.

Performance mise en jeu et en espace par Georg Keller* – plasticien et scénographe suisse connu pour ses expositions (faites d’instalations au sein de lieux publics, tels que des foires commerciales ou autres événements), où sa présence « physique et matérielle » provoque un décalage, une réflexion sur la place de l’individu, généralement au sein du modèle économique actuel capitaliste…

« L’heure bleue, forme que peut prendre le crépuscule, fournit le contexte métaphorique à la performance éponyme de Georg Keller (Zoug/CH, *1980). Dans une mise en scène faisant intervenir trois figures autonomes, l’artiste suisse étaye une critique à l’égard du jeu économique. Un vendeur de rues, habile et rapide, conscient d’agir dans l’illégalité, mène son commerce à l’abri du regard d’un employé de grand magasin, saluant mécaniquement le client potentiel (cf. l’infâme personnel engagé lors, par exemple, de l’ouverture des Apple Stores!! ndlr) . Fonctions de représentation, illusion réconfortante du travail bien effectué, dissolution des identités et désengagement inconscient de soi au profit d’un système insidieux, enjeux parallèles de la dépense dans une société misant sur la consommation, sont certains des aspects qu’éclaire l’itération des faits et gestes des acteurs. A cette double perpétuité vaine s’ajoute l’intervention d’un troisième protagoniste qui scande, à la manière des Speakers’s Corners londoniens, un texte de Charles Fourier (Besançon, 1772-Paris, 1837), publié en 1845 dans la revue La Phalange, à propos de la banqueroute. Ce nouveau projet, pour Georg Keller, relève de l’expérience scénographique ; renvoyant aux films italiens des années 1960, jouant de la simultanéité de scènes, il permet de concilier deux pôles opposés de l’économie par le conflit que produit le besoin d’attention que tous demandent ».

Avec Lucie Bousquet, Patrick Leonard et Laurent Thalem.

Pas exactement un retour “sur scène“, mais bien un retour “en scène“, le projet “L’heure bleue”, rencontre entre la scène et l’art contemporain est une première expérience en tant que “performer” pour moi. Performance particulière puisqu’elle se joue en « continu » de 18 à 21h30 – 3 fois 40 minutes environ, où le public pouvait arriver ou quitter en cours, sans forcément perdre le fil! Quarante minutes, c’est aussi le temps qui était nécessaire à la lecture intégrale du texte.

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Et pour répondre à un de mes lecteurs Facebook – qui me demandait si le public avait adhéré, je répondrai oui car c’était finalement drôle toute cette répétition de gestes, mouvements et du texte de Fourier ( 😉 ). Me suis rarement autant amusé sur un plateau ; avec un projet passionant à défendre!

Hiérarchie de la banqueroute (série libre en 3 ordres, 9 genres, 36 espèces) – cliquez pour agrandir!

Un extrait du texte, je n’y résiste pas!! C’est d’un cynisme … triomphal (oui oui!). Un texte qui, par ailleurs, dans sa totalité devrait beaucoup plaire à la réflexion de Mr Snake et son acolyte Mr Moochagoo je pense 🙂 – c’est d’un savoureux, tant pour le fond que la forme d’époque! Hop :

8è catégorie – Les barbouillons – 4 espèces.

On trouve dans toute profession des ignorants qui travaillent sans principes et qui, avec d’excellents matériaux, ne font que du mauvais ouvrage. Il est de même, chez les banqueroutiers, des maladroits qui ne savent que changer l’or en cuivre, et se ruiner très-sottement là où d’autres feraient d’excellentes affaires. J’en vais citer quatre espèces, que je définirai brièvement ; car cette catégorie, vraiment honnête, n’a rien de plaisant. Je ne la passe en revue que pour la régularité analytique.

29. La banqueroute d’illusion. Celle des dupes qui, amorcés par les verbiages de mode, s’aventurent dans le trafic sans en connaître les astuces, et viennent, comme le papillon, brûler leurs ailes à la lumière. On a vu depuis 89 beaucoup de grands propriétaires, qui n’avaient que faire de s’engager dans cette galère, on les a vus, dis-je, y consumer un riche patrimoine et finir encore par une banqueroute mal concertée, où ils perdent fortune et honneur. Sur quoi il faut remarquer qu’en banqueroute c’est l’honnête homme qui perd l’honneur, tandis que le fripon, qui connaît les grands principes du commerce, conduit sa banqueroute de manière à y gagner fortune et honneur. Mais les grands seigneurs, qui se sont fourrés dans le grand guêpier mercantile, ont voulu traiter honorablement ; ils ont été cernés et empaumés par les intrigants et on dû finir par la banqueroute d’illusion. Beaucoup de petits propriétaires ont commis la même faute. Entraînés par la frénésie mercantile, ils ont quitté leur champ, vendu leur petit domaine pour venir à la ville monter une boutique où ils ont dû tristement échouer.

30. La banqueroute en Invalide est celle d’un incorrigible qui veut mourir les armes à la main. On en voit qui devraient se retirer et qui, affaiblis par l’âge, ne font plus que des barbouillages, ne connaissent point les perfectibilités nouvelles, ni les astuces récentes ; ils perdent sur leurs vieux jours une fortune lentement amassée, et s’obstinent jusqu’à ce que les maladresses répétées nécéssitent la banqueroute. Comment qualifier un homme qui, âgé de quatre-vingts ans, garçon et possesseur de deux millions, somme assurément suffisante à un vieux garçon, s’obstine encore à trafiquer à un âge où il devrait se retirer et pleurer ses péchés. Lorsqu’un tel homme se ruine et perd à quatre-vingts ans sa fortune brillante, c’est assurément un maniaque mercantile. Tel fût le banqueroutier invalide, qui est de cet article ; car j’ai pour chaque article un type à citer, afin qu’on ne m’accuse pas d’exagération. Au reste, on trouve dans chaque ville beaucoup de ces maniaques d’âge avancé qui, en persistant à continuer le commerce, méritent d’y finir honteusement, parce qu’aujourd’hui, où tout est quintessencié, il faut, en commerce comme en guerre, des jeunes gens formés à la tactique nouvelle ; et si la banqueroute est considérée comme gentillesse chez les jeunes gens, elle est certainement honteuse chez les vieillards cousus d’or, qui auraient dû, depuis vingt ans, songer à la retraite.

31. La banqueroute d’Écrasement est celle des concurrents acharnés qui courent sciemment à leur perte, et se ruinent pour enlever quelque portion de bénéfice d’un rival. On en voit bon nombre travailler à perte dans l’espoir que le concurrent sera ruiné avant eux et qu’ils resteront maîtres du terrain. C’est surtout dans les messageries et les foires d’étoffes, comme Beaucaire, qu’on voit régner ce désordre, à la suite duquel les écrasés sont forcés à la banqueroute.

32. La banqueroute cochonne est celle d’un oison qui, au lieu d’opérer selon les principes, ruine femme, enfants et lui-même, tout en s’exposant à la griffe de la justice et au mépris des amis du commerce, qui n’estiment que les banqueroutes cossues et conformes aux grands principes. En terme d’argot commercial, on dit du banqueroutier qui ruine sa femme et lui-même : « Ce n’est pas travailler, c’est cochonner ». S’il eût fait une banqueroute cossue, on l’aurait surnommé habile garçon, bonne tête. »

J’y reviendrai à ce bon Charles Fourier, tellement visionnaire (vous livrerai d’autres extraits et ses conclusions prochainement!) qu’il reste d’actualité aujourd’hui – la « banqueroute » des banques n’est pas le moindre exemple…

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Fourier

Et un lieu magique, aussi :

Rosa Brux est un lieu collectif de recherche hérité des cultural studies qui aborde de façon critique des sujets sociaux et politiques tels que les conditions de vie et de travail, les normes culturelles et les ideologies.
RUE DE L’AUTONOMIE 9
1070 ANDERLECHT
BRUXELLES
*Georg Keller (Zoug/CH, *1981)
Formation
2009-2010 Assistant scénographe, Schauspielhaus, Zürich
2003-2008 Master Fine Arts, Haute Ecole d’Art, Zürich
Expositions (sélection)
2011 – Zürich im Bau – Ein Urbanitätsprojekt, Schiffbauhalle, Schauspielhaus, Zürich
2011 – Zwischenlager, Helmhaus, Zürich
2011 – Hauptsitz, Substitut, Berlin, Allemagne
2011 – Firmengeschichten, Zeppelin Museum, Friedrichshafen, Allemagne
2010 – Benefiz-Ausstellung, Kunsthalle, St-Gall
2010 – Swiss Art Awards, Messezentrum, Bâle
2009 – Spiegelladen, Vanity Fair, Wartesaal, Zürich
2009 – Shifting Identities II, Contemporary Art Center, Vilnius, Lituanie.
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25 réflexions sur “« L’heure Bleue », performance de Georg Keller, les photos etc ..!!!

  1. J’ai de bons yeux mais les photos sont vraiment riquiquies (féminin pluriel) dans le slide, c’est étudié pour ?

  2. Extraordinaire de ressortir des textes de Fourier (je n’ai jamais connu aucun lecteur de Fourier). Et finalement, il y a de quoi faire, la preuve.

  3. Balzac est aussi une mine pour décrire des personnages arrivés au sommet et qui se ruinent. Sans parler de Nana qui pompe littéralement la fortune de ses riches amants dans Zola. (Avec une fin sublime !)

    • Je rencontre Fourier via un suisse alémanique qui plus est, qui a découvert le texte « quasi » par hasard!!

      C’est très gai et amusant à lire ça je peux le dire – c’est super drôle en fait comme texte, tellement décalé… et cette langue (même s’il n’a ni le talent d’écriture d’un Zola ou Balzac, qui sont des maîtres dans leur genre!)

      • Je lui consacrerai encore un peu de place sur le bog, à ce Fourier!! C’est certain même! (y’a 36 sortes de banqueroutiers + les conclusions!!! – bête (sic) et méchant, à se pisser dessus de rire!

        • Bien qu’au final ma « perf’  » préférée était le personnage de grand magasin, où j’ai réellement développé une belle gestuelle et présence, ce que les photos ne rendent pas bien (+ le fond sonore obséquieux qui l’accompagnait)

  4. Une performance très intéressante, et je comprends que tu te sois régalé !!
    Je connaissais mal les fondements de la philosophie de Fourier.. et je trouve que sa théorie de « l’attraction passionnée » est absolument visionnaire quant à l’évolution d’un mercantilisme poussé à l’extrême et à ses effets dévastateurs que nous pouvons constater aujourd’hui..

      • Voila, retrouvé! Il était – pourquoi? – dans le « courrier indésirable » … beuh!!! Comme tu l’as rédigé 2 fois de bonne foi 🙂 ; je récupère l’original proposé en premier!

        Oui Fourier n’aimait pas bcp ni le commerce ni – et encore moins je pense – les « mercantiles ».

        • L’autre plaisir, indirect, c’est que je ne jouais pas pour le public « traditionnel », mais pour un public de personnes du monde de l’art contemporain (arts plastiques, graphisme, stylisme principalement) et pas forcément habitués de théâtre … Autre mission pour moi : susciter des envies, des rencontres et le désir de bosser avec moi (comme toujours!)

          • Ben non, une tête pleine de fleurs … le plus étrange là-dedans c’est que tu avais déjà laissé des commentaires sur le blog!

            WP n’est pas Hippie, voila!! (une vraie tare)

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