Les Arts de la Scène menacés : réduction de 45% du budget de la CAPT

C’est l’ébullition dans le petit monde de la création artistique, des Arts de la Scène (oui! je mets des majuscules!), ici en Communauté française de Belgique … Petit espace, petite misère d’avoir de petits ministres de petite culture (sans majuscule) … et pour une si petite culture, pourquoi accorder de grands moyens.

La CAPT (commission d’aide aux projets théâtre), va voir, grâce à la très cultivée Fadila Laanan, ministre télévisuelle (sic) sans vision non-cathodique (resic), a décidé de réduire l’enveloppe dédiée à ce secteur des Arts de la Scène de 45% ; il faut savoir que le budget initial de la dite CAPT est de 1.290.000€ – une paille déjà, non indexée depuis une bonne dizaine d’années, pour retomber (un poil plus bas que le déjà plus bas?) à 700.000€.

Je n’entrerai pas ici dans les arcanes de fonctionnement de la CAPT, assez complexe mais qui a(vait) le mérite de permettre à la jeune création de travailler, de subsister – et c’est bien là le vrai noeud du problème : l’existence d’un « espace de création subsidié », ouvert aux nouvelles expériences scéniques, dramaturgiques, la promotion de nouveaux auteurs, …

J’en parle en connaissance de cause : « L’ère des poissons », spectacle de théâtre qui sera soumis en aide à  « appel à premier projet », sera soumis à ce titre à la CAPT … nous sommes 12/13 à travailler – nous n’avons pas de moyens, nous cherchons )à le faire vivre et SURTOUT à un moment permettre à toute l’équipe de vivre, en touchant un salaire – en Belgique, charges incluses, « si » on respecte le barême, le salaire est de 2700€ envirton (pour rappel comédien ou metteur en scène, ce sont 4 ou 5 années d’études de type supérieures). Et les salaires représentent dans un projet entre 60 et 80% du budget.

Car c’est là que cela fait le plus mal : la rémunération des jeunes créateurs, leur capacité à pouvoir développer leurs premiers projets – les plus difficiles à défendre au sein des théâtres ou autres centres culturels (subsidiés sur base de contrats programmes sur base pluri-annuelle).

Je ne m’étandrai pas plus ; néanmoins, il faut mettre aussi en avant que notre « si chère » Ministre, veut par ailleurs soutenir la création (sic) télévisuelle … bonne nouvelle direz-vous ..? Que nenni! Elle souhaite augmenter l’enveloppe pour la production spécifique d’émissions de type « Star Ac’ « , ou autres émissions populistes, parce que, je cite, « C’est ce que les gens veulent » – ce qui, au delà d’une vision étroite de la culture, est une démarche hautement populiste (et par là, elle ajoute encore « que cela créera de l’emploi pour les comédiens » – un comédien, Madame la Ministre, n’est pas un amuseur public, mais un créateur!!!).

Je vous laisse consulter les quelques différents articles qui suivent (presse, …) et surtout la lettre de soutien adressée à la (de)m(s)inistre :

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« Madame la Ministre,

Dans un article paru dans La Libre Belgique de ce 12 novembre, nous avons pris connaissance avec stupeur des nouvelles mesures d’austérité qui s’apprêtent à affecter le secteur culturel, et qui ciblent tout particulièrement les aides à la création dans le secteur des Arts de la Scène, en réduisant notamment de 45% le budget alloué à l’aide aux projets théâtraux. Celui-ci n’ayant de surcroît pas été indexé depuis l’année 2000.

En tant que porteurs de projets dépendant largement des ces aides, nous sommes profondément choqués par ces mesures dont les conséquences seront désastreuses pour l’emploi des acteurs les plus précaires du secteur : les artistes et travailleurs sous contrat à durée déterminée.

Le Conseil de l’Aide aux Projets Théâtraux soutient chaque année entre 30 et 40 projets. Ces aides représentent les seules ressources mises à la disposition directe des artistes et compagnies qui ne disposent pas d’un conventionnement, dont l’accès a par ailleurs été considérablement réduit ces dernières années. La situation est connue : face au gel des nouvelles conventions, le nombre de porteurs de projets dépendant des aides du CAPT ne cesse d’augmenter à mesure que de nouveaux créateurs sortent des écoles.

Dans ce contexte, les aides du CAPT représentent évidemment un maillon vital et indispensable de la chaîne de production du secteur théâtral, et ce pour une majorité croissante d’artistes. C’est d’autant plus vrai que l’octroi de l’aide au projet constitue désormais pour les créateurs un véritable ticket d’entrée dans les lieux de création, et est pratiquement devenu une condition sine qua non pour avoir accès à une quelconque coproduction.

Ces aides sont essentiellement consacrées à l’emploi artistique : entre 60 et 85% des aides allouées servent à payer les rémunérations du personnel artistique. Réduire ces aides, c’est réduire d’autant les perspectives d’emploi dans le secteur, à l’heure où les artistes sont précisément fragilisés par un durcissement des règles liées à leur régime de chômage.

Ces mesures à l’égard de la création sont à nos yeux particulièrement contre-productives et injustes. En regard des économies qu’elles permettent de réaliser, elles font peser un préjudice très lourd sur une frange déjà gravement précarisée du secteur, et elles envoient un signal très inquiétant en ce qui concerne la vision qu’elle sous-entend en termes de politiques culturelles.

Diminuer les ressources allouées à la création, c’est diminuer du même coup les possibilités de professionnalisation des créateurs et interprètes ; c’est rendre virtuellement impossible aux artistes d’exercer leur métier dans un cadre légal ; c’est licencier par anticipation les équipes artistiques et désigner implicitement l’ONEM comme premier pouvoir subsidiant du secteur de la culture ; c’est renier enfin de façon incompréhensible les orientations prises par les Etats Généraux de la Culture.

Cet accroissement de la précarisation de la pratique artistique ne pourra occasionner qu’une augmentation du bénévolat ou du travail au noir, qu’une diminution du nombre de productions, qu’un appauvrissement du renouvellement des esthétiques ainsi que du rayonnement artistique de notre Fédération à l’étranger comme sur son propre territoire. Cette mesure, combinée au gel de l’indexation des aides structurelles, aura immanquablement l’effet suivant : les projets des compagnies ne seront plus montrés dans les lieux de création ou, s’ils le sont, ce sera sans doute sans possibilité d’en rémunérer le travail de répétition.

Si les chiffres publiés par La Libre sont exacts, les sommes soustraites au budget du CAPT représentent à peine un demi pourcent du budget global des Arts de la Scène ; en revanche, elles comptent pour un tiers des efforts consentis à l’échelle du secteur. Nous trouvons inacceptable de faire peser le poids de la crise de manière aussi disproportionnée sur les créateurs.

Nous, signataires de la présente lettre, vous invitons à consulter les récits personnels de nos parcours dans l’institution, compilés à l’adresse suivante : conseildead.blogspot.com . Ils prouvent par les chiffres que l’attribution des montants octroyés par votre Ministère via le CAPT constitue de véritables aides à l’embauche pour ceux qui les perçoivent, opérantes et nécessaires. Nous exprimons également vivement notre désir d’entendre une prise de parole publique claire de votre part : ce à quoi nous consacrons notre temps, notre énergie et nos compétences, dans des conditions déjà extrêmement difficiles, n’a-t-il aucune valeur aux yeux des pouvoirs publics ?

Jointes aux soixante signatures des bénéficiaires d’aides à la création par l’intermédiaire du Capt depuis 2009, veuillez trouver la liste des organismes et des personnes (directeurs de structures, acteurs, techniciens, scénographes, metteurs en scène, auteurs, étudiants en art dramatique et spectateurs) qui ont souhaité soutenir notre démarche.

En conclusion, permettez-nous, Madame la Ministre, de vous demander avec force de ne pas appliquer cette mesure.

Signataires ayant bénéficié d’aides à la création par l’intermédiaire du Capt depuis 2009 (liste au 17.11) :

Stéphane Arcas, Andrea Bardos, Ludovic Barth, Gwen Berrou, Raphaëlle Blancherie, Olivier Boudon, Sarah Brahy, Lucille Calmel, Delphine Cheverry, Sébastien Chollet, Compagnie Art&tça, Mathilde Demarez, Sabine Durand, Aurore Fattier, Isabelle Gyselinx, Vincent Hennebicq, Jean-Michel d’Hoop, Isabelle Jonniaux, Karine Jurquet, Antoine Laubin, Denis Laujol, Guillemette Laurent, Marie Lecomte pour le collectif Rien de spécial, Nicolas Luçon, Aline Mahaux, Pierre Megos, Laurent Micheli pour le collectif On voit ta culotte madame Vero, Jérôme Nayer, Dominique Patuelli, Carla Python, Raoul Collectif (Romain David, Jérôme de Falloise, David Murgia, Elena Perez, Benoît Piret, Jean-Baptiste Szézot), Renaud Riga, Dominique Roodthooft, Estelle Rullier, Mélanie Rullier, Myriam Saduis, Claude Schmitz, Christophe Sermet, Vincent Sornaga, David Strosberg, Virginie Strub, Coline Struyf, Peggy Thomas, Anne Thuot, Jean-Benoit Ugeux, Coralie Vanderlinden,Odile Vansteenwinckel, Benoit Verhaert, Thibaut Wenger, Lise Wittamer, Myriam Youssef

Soutiens apportés aux signataires (liste au 17.11) :

Michèle Braconnier (Directrice de L’L – lieu de recherche et d’accompagnement pour la jeune création), Patrick Colpé (Directeur du Théâtre de Namur), Fabien Dehasseler (co-directeur du Théâtre de la Balsamine), Michael Delaunoy (Metteur en scène, pédagogue, directeur du Rideau de Bruxelles), Michel Dezoteux (co-directeur du Théâtre Varia), Monica Gomez (co-directrice du Théâtre de la Balsamine), Patricia Ide (co-directrice du Théâtre Le Public), Michel Kacenelenbogen (co-directeur du Théâtre Le Public), Émile Lansman (Éditeur), Jean-Marie Piemme (auteur), Serge Rangoni (Directeur du Théâtre de la Place), Benoît Roland (directeur de l’Atelier 210), Philippe Sireuil (Metteur en scène), Sylvie Somen (co-directrice du Théâtre Varia), David Strosberg (Directeur du Théâtre les Tanneurs), Philippe Taszman (directeur ad interim de la compagnie Arsenic, administrateur délégué du Groupov), Jean-Michel Van Den Eeyden (directeur du Théâtre de l’Ancre) »

Soutenez la pétition :

https://www.lapetition.be/en-ligne/Soutien-a-la-lettre-des-beneficiaires-du-Capt-adressee-a-Madame-la-Ministre-de-la-Culture-Fadila-Laanan-12254.html

Lien très documenté et qui reprend les différents points de vues des créateurs belges qui ont (ou non) bénéficiés de l’aide de la CAPT ces dernières années, où est exprimé l’évidence que sans cette enveloppe budgétaire, cette « bulle », ils n’auraient pu créer les spectacles et rémunérer l’équipe …

http://conseildead.blogspot.be/

En attendant des « jours meilleurs » … manifestation silencieuse ce mardi 20 novembre 2012 au ministère.

Sur ce, je me tais, je m’éteins (à – 45%) …

Quelle culture, Madame la Ministre!!!

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16 réflexions sur “Les Arts de la Scène menacés : réduction de 45% du budget de la CAPT

  1. (…) « La finalité des travailleurs du spectacle n’est pas de se protéger à travers des allocations de chômage mais de pouvoir exercer leurs métiers dans des espaces de production artistique soutenus de façon adéquate par la Fédération Wallonie-Bruxelles », concluait le Setca.

    Il est essentiel de le réaffirmer!!! (Syndicat des employés, techniciens et cadres de la FGTB)

    http://www.lalibre.be/culture/global/article/778335/la-culture-a-la-diete-chez-nous-comme-en-france.html

  2. Si les artistes sont obligés d’aller travailler dans les entreprises en raison des coupes budgétaires, c’est une bonne nouvelle. Je m’explique : l’imagination manque cruellement en entreprise et les artistes, qui en ont forcément, vont peut-être leur donner des idées.
    Je sais, c’est paradoxal, mais c’est un avis aussi partagé par une de mes collègue qui a une soeur danseuse de ballet (tous styles). Et elle a travaillé dans pas mal d’entreprises (via sa société de services).

    • La question se pose pour ce que j’appelerais « le temps de la création », en dehors des représentations, il faut savoir qu’ntre le moment où un projet est pensé et sa réalisation (promotion, diffusion, création, vente, … pognon à trouver,…) c’est 18 mois de travail – quand tout roule normalement.

      Et les répétitions dont le ratio moyen est 3 heures de répétitions par minute de spectacle – un spectacle d’une heure représente donc 180H de travail temps plein X le nombre de comédiens / techniciens … vive le calcul des salaires …

      Pour les sociétés oui je trouve que cela pourrAIT se faire, mais je préfère bosser sous payé ou bénévolement pour du travail d’animation (Uncef, travail avec enfants handicapés, …) que de bosser pour une boîte privée m^me payé … par contre je suis près à leur vendre un spectacle.

      Sinon, le dernier « tweet » (avéré!) de la MInistre : « En période de crise, c’est normal : combat de pauvres ! » – une ministre socialiste… franchement limite et indécent – mais oui les artistes DOIVENT (sic) vivre dans la précarité, mais pas par choix.

      http://www.lesoir.be/123134/article/actualite/belgique/2012-11-19/fadila-laanan-%C2%AB-combat-pauvres-%C2%BB-tweet-qui-choque

  3. Mais quel dommage que l’art soit ainsi maltraité ! Je suis consternée que l’on puisse choisir de promouvoir la télé-réalité au détriment d’une culture un peu plus « élevée ». Alors certes on pourra me dire que c’est élitiste, mais enfin pourquoi abâtardir les gens ? Et puis vous êtes l’exemple même que ce budget est nécessaire…

    • C’est assez consternant, en effet. Les suites aujourd’hui publiées, puisque le « conseildead » (artistes du théâtre, mais aussi de la danse, la littérature et des musiques non classiques – bref la création au sens large), qui nous représente librement a été reçu par la ministre lors de la manif … d’un côté la manif, de l’autre la manip’ (sic).
      Je pense qu’on a plus vu une telle mobilisation d’artistes depuis plus de 10 ans en Belgique (fédération Wallonie Bruxelles)

  4. Etais présent au rassemblement, la manifestation de soutien … aux artistes – nous étions là, avec Philippe et Laurent (+/- 500 personnes) pour défendre les artistes d’abord, et leur capacité à » devoir survivre » (sic) dans un panorama culturel asphyxié financièrement.

    La ministre n’a comme solution que de vouloir (si!) monter les différents acteurs du champ culturel (CAPT vs CAD) en exigeant d’eux qu’ils déterminent où et chez qui opérer les coupes … bref qu’on fasse son boulot!!!

    Le mot d’ordre : « La lutte continue ».

    J’ajouterai que la pétition a réuni plus de 10000 signatures (Théâtre) , et à ce jour près de 2000 pour celle de la Danse – vu le microcosme qu’est le monde artistique, c’est une belle « réussite » – il s’agit d’une lutte, d’un combat.

    • Ce serait avec grand plaisir, mais c’est pas possible pour le moment – et participer de manière express, sans y trouver de l’amusement, ce serait pas chouette – je passe mon tour, irai voir les résultats of course … mais là, c’est dur de dur côté cour, jardin et même public ; tout « à l’arrache » et dans le stress!

  5. Et c’est tellement important la culture… pas seulement pour le plaisir des yeux mais pour ce qu’elle transmet …
    C’est certainement un peu bête de dire cela, mais je trouve dommageable de toujours réduire ou censurer ce qui nous fais avancer… en tout cas pour moi ;-).

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