La lettre des artistes lue au Ministre Président Rudy Demotte

Voici la lettre lue, par les membres du Conseildead, au Ministre Président Rudy Demotte (Gouvernement wallon et Fédération Wallonie – Bruxelles), dès qu’ils le pourront ils nous communiquerons un résumé de ses réactions. Par ailleurs, ils attendent tout simplement le communiqué de presse du conseil des ministres de ce jeudi pour vous donner l’avis de Conseildead.
 
(copié collé conseildead)
 

Ministre-Préident Rudy Demotte (PS)

« Monsieur le Ministre-Président,

Nous tenons d’abord à vous remercier d’avoir pris le temps de nous entendre dans un délai aussi rapide.
Nous avons fédéré autour de nous le secteur dans sa très grande majorité, mais nous ne sommes mandatés par personne d’autre que nous-mêmes pour assumer la responsabilité d’une négociation et n’avons de fait, aucun pouvoir représentatif. Aussi permettez-nous un bref historique qui vous permettra de comprendre où CONSEILDEAD trouve sa légitimité.
A l’annonce des mesures d’austérité qui frapperaient les arts vivants et asséneraient un coup fatal aux aides à la création, nous avons décidé de former CONSEILDEAD. Ce « nous » est composé de huit professionnels indépendants des arts de la scène. Ce « nous » n’a pas pour vocation de porter la voix de tout un secteur, « nous » ne sommes responsables que de nous-mêmes et de notre parole. Il se trouve néanmoins que ce « nous », par accident ou par besoin, se retrouve soutenu par une grande majorité des professionnels du théâtre et a été, dans son sillage, rejoint par le secteur de la danse et celui de la musique dite-non classique. Nous avons, de facto, que nous le voulions ou non, une responsabilité, mais il est essentiel de préciser que CONSEILDEAD n’en demeure pas moins libre. Notre groupe est formé par des personnalités possédant chacune une relation différente à l’institution ainsi qu’à la profession. C’est ce qui fait notre force. A ce titre, nous avons toujours cherché à trouver un consensus entre nous afin d’aller à l’essentiel et jusqu’à présent ce consensus ne s’est jamais révélé mou. Toutefois, nous avons évité, parce que précisément nous sommes conscient de notre responsabilité, d’alimenter d’autres sujets qui fâchent et qui s’écarteraient trop de notre ligne d’action principale, à savoir la survie de la création en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ne doutez pas pour autant que la colère du milieu est bien plus vaste que celle qui porte particulièrement sur les coupes budgétaires proposées aujourd’hui. La proposition de Madame la Ministre et l’affaire du tweet, n’ont été que les révélateurs d’un sentiment de frustration très large, dont nous sommes devenus les catalyseurs. Cette colère plus vaste, nous l’avons entendue à tous les niveaux, elle concerne des inégalités frappantes dans la profession, des rapports de force inéquitables entre les créateurs indépendants et les institutions, des choix politiques contestés concernant des investissements dans des secteurs ou la créativité et l’originalité n’entrent absolument pas en compte. Ce n’est peut-être pas l’objet de notre rencontre – et au fond qui sait, puisque vous proposez vous-même un débat de fond ? –, mais renoncer à vous transmettre cette exaspération serait faire preuve d’hypocrisie.La mobilisation à laquelle nous avons assisté ces derniers jours montre clairement à quel point la situation du secteur est proche de l’asphyxie, et que les mesures annoncées par la Ministre de la Culture, pour modestes qu’elles puissent paraître en regard des sommes concernées, plongent l’ensemble de la profession dans une inquiétude aiguë quant à ses possibilités de remplir les missions de service public qui sont les siennes, tandis que les créateurs non-conventionnés voient les possibilités d’exercer leur métier se verrouiller à tout niveau.
En effet, mises bout à bout, les dernières mesures législatives et budgétaires vont peser prioritairement sur les artistes et sur la création artistique en général. Pour rappel, il s’agit :
– du durcissement, depuis ce 1er novembre, des règles relatives au régime de chômage des artistes, en termes de dégressivité et surtout d’activation du comportement de recherche d’emploi ;
– de la promulgation d’une convention collective de secteur, qui représente un progrès social que nous saluons, mais dont les exigences sont exorbitantes pour la grande majorité des porteurs de projet en regard de leurs réalités budgétaires ;
– en ce qui concerne le théâtre, de la non-indexation des conventions et contrats-programmes depuis 2009 et du budget de l’aide aux projets depuis 2000, ce qui a pour conséquence de comprimer toujours plus la proportion de la subvention qui est consacrée à la part artistique proprement dite.
Dans cette situation, nous pensons sérieusement que toute coupe budgétaire dans le budget des arts de la scène n’aura pour conséquence finale que de se répercuter, une fois encore, sur les acteurs les plus précarisés que sont les artistes et travailleurs sous contrat à durée déterminée. Ceci pour trois raisons principales :
– premièrement, la non-indexation pèse lourdement sur les structures conventionnées et contrat-programmées qui voient leurs charges fixes (bâtiments, énergie, personnel) augmenter avec l’inflation, et qui se voient donc obligées de répercuter la baisse réelle sur les charges non fixes, c’est-à-dire sur la part artistique ;
– deuxièmement, face au gel des conventionnements, le nombre de porteurs de projets dépendant des aides ponctuelles ne cesse d’augmenter à mesure que de nouveaux créateurs sortent des écoles ;
– troisièmement, toute diminution budgétaire dans le budget des arts de la scène, notamment pour les dépenses d’équipement, devra être compensée par les lieux d’accueil, ce qui signifie encore une fois une répercussion sur la part artistique.
De plus, nous considérons que la non-indexation de nombreux budgets depuis plusieurs années (et pour le CAPT depuis bien avant le début de la crise) équivaut ipso facto à un effort financier consenti de longue date par le secteur et qu’il n’y aucune raison de faire peser une seconde fois le poids de l’austérité sur la culture.
 
Sur les propositions d’économies alternatives qui ont été faites par la ministre la semaine dernière, nous nous sommes exprimés sur les raisons pour lesquelles elles nous semblent aussi peu souhaitables que la réduction de l’aide à la création. Nous maintenons ce point de vue et ajoutons qu’il n’y a aucune base juridique pour que les instances d’avis soient sollicitées pour prendre une décision. Lors de notre rencontre avec la ministre Fadila Laanan, aucun argumentaire alternatif n’avait été proposé pour palier au coupes proposées dans les secteurs de la musique et de la danse. Nous espérons des nouvelles propositions qu’elles garantissent l’indépendance des artistes face aux institutions et qu’elles n’affaiblissent en rien les possibilités de création déjà fragiles.
 
Ainsi, nous pensons vivement nécessaire et souhaitable de maintenir en l’état les budgets des Arts de la Scène dans leur ensemble (et, pour le cas particulier du CAPT, à son niveau non-ajusté de 2011, soit 1.289.000 euros). Si les chiffres que communiquaient La Libre sont exacts, la somme nécessaire à ce maintien global, tous secteurs confondus, ne dépasserait pas 930.000 euros.
Nous attirons également votre attention sur le fait qu’une telle décision politique, courageuse et progressiste, mériterait amplement à nos yeux d’être rendue pérenne, et que l’épithète, même technique, de « facultatif » devrait cesser d’être associé à la création. Il nous semble donc hautement recommandable de trouver le moyen d’assurer la protection de l’enveloppe consacrée à l’aide aux projets, et ce dans les trois secteurs que sont le théâtre, la danse et les musiques non classiques, comme cela a été rendu possible ces dernières années en ce qui concerne les conventions et contrats-programmes.
Puisque vous nous proposez un débat de fond et que nous vous prenons au mot, nous plaidons, une fois pacifiée cette situation d’inquiètude profonde dans laquelle a été plongée l’entièreté du secteur à l’annonce de ces mesures, pour une nouvelle concertation générale du milieu et ce, dans les plus brefs délais.
 
Aussi, pour la première fois depuis le début de notre militantisme accidentel, nous assumons d’expliciter une position intime et philosophique qui, nous en sommes convaincus, trouvera un écho chez vous au regard de vos différentes prises de positions personnelles et publiques sur la place de la culture au sein de la société.L’art et la culture sont, au même titre que l’éducation, une obligation morale pour toute société. Que dire d’un monde qui ne se consacre qu’à des jeux financiers sans quête métaphysique, sans regard sur lui-même? C’est par la réflexion et l’imagination qu’on résout une crise. C’est notamment grâce aux effets de la culture sur les esprits que des politiques de changement peuvent se réaliser. La crise que traverse l’Europe n’est pas seulement financière elle est, nous le voyons chaque jour, identitaire et idéologique. Nous pensons que l’art est un des moyens de traverser celle-ci, non par un repli de notre communauté sur elle-même, mais au contraire en oeuvrant à la différence, au débat et à la contradiction, en ouvrant à la créativité. Il n’y a pas de fatalité. D’autres pays, d’autres communautés voisines, ont pris à l’égard de l’art et de la culture des décisions qui ont abouti à un refinancement de l’ensemble du secteur. C’est un choix politique fort en temps de crise. C’est une façon de créer de l’espoir et pour en revenir au début de ce texte, de créer pragmatiquement de la richesse. Permettez nous encore, Monsieur le ministre président. Vous le savez, nous le savons, la culture – le théâtre, la musique, la danse – a une importance qui dépasse la question des chiffres, elle est notre meilleur ambassadeur et comme le disait André Malraux, elle est ce qui a fait que l’homme est – sans doute – autre chose qu’un accident de l’univers ».
 
Voila, la mobilisation continue – et la pétition est toujours en ligne!
 
IL N’EST PAS INUTILE DE CONTINUER A FAIRE TOURNER LA PETITION QUI SE RAPPROCHE DES DOUZE MILLES. PARCE QUE CE TEXTE RESTE D’ACTUALITE ET QU’ON AURA PEUT ÊTRE BESOIN D’AMENER 7000 SIGNATURES PAR SEMAINE A LA MINISTRE JUSQU’A SE QU’ELLE COMPRENNE QUE L’OPINION COMPREND LA POSITION DES ARTISTES.
 

Et le blog : http://conseildead.blogspot.be/

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12 réflexions sur “La lettre des artistes lue au Ministre Président Rudy Demotte

  1. Au moins ils se défendent. Nous on n’a pas de Ministre-Président, mais on a l’UMP pour amuser la galerie, avec des dons comiques indéniables. et un feuilleton qui tient en haleine le France entière 🙂 🙂

    • Ca doit marcher, sinon on passe à des méthodes plus dures. Voire brutales.

      Si elle ne plie pas on la brise – pas physiquement mais on « met à sac » sa carrière, sa réputation, …

    • Pas tant que cela, en somme, un artiste de l’évolution, ce subversif animal.

      Je follow, désrmais (hé ho controlons ce que l’on écrit sur « nous » (sic & resic) ; et vive la science, quand elle est pleine d’humour.

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