« Capitaine courageux » (Manset, « Revivre » – 1991)

« capitainecourageux« , le pseudo de l’Ornitho … mais d’où ça vient!?! Je subodore comme une interrogation, un étonnement de beaucoup d’entre vous, chers internautes … Alors, au risque de me répéter 🙂 …

L’origine est un titre de l’album « Revivre », de Gérard Manset et paru en 1991. Ce fût pour moi une grande claque – et ça le reste, ce morceau. Et l’album, aussi.

Quel texte, quelle ambiance … où m’emmènera-t-il encore ce morceau? A chaque écoute une nouvelle traversée, sombre ou solaire, toujours profonde … entêtante.

Revivre, 1991

Revivre, 1991

En 1999, il a participé aussi à mon embarquement dans les murs de l’INSAS, puisqu’il était repris, cet intitulé, comme titre à mon travail d’écriture, lors des épreuves de sélection (examen d’entrée) , écrit qui a très clairement participé à cette réussite.

Je reconnais m’identifier à ce texte … c’est ainsi. Il pourrait sembler pessimiste, étrange, mais il est surtout, le texte (et son interprétation), d’une poésie inégalée à laquelle s’ajoute les arrangements musicaux d’une qualité et singularité remarquables!

Accessoirement, c’est ma première adresse mail, toujours en usage, depuis 2004.

Voici le texte – magistral, de Manset qui reste mon repère en chanson, en rock (c’en est, clairement), en musique.

Chevelure des ombres mortes
Dans la nuit qui les emporte
Par-delà le vide immense
Entre ténèbres et silence
Chevelure des ombres danse
Que plus un vivant ne sorte

Chevelure des ombres mortes
Que plus un vivant ne sorte,
Dans les couloirs, les cohortes
Emmèneront vers le vide
Le navire translucide
Capitaine courageux
Dans l’univers orageux
Ciel sans fin, poussière du monde,
Que la vérité profonde
Poursuit pour l’éternité

Dans le cargo percuté
Sur le flanc, sur le côté
Dans le delta d’Andromède
Chevelures ou belles ou laides
Retombent sur le navire
Comme poulpe des abysses

Chevelures des algues bleues
Comme guerriers immobiles
Mécanique trop fragile
Des corps humains sur les tables
Ciel de fumée, vent de sable
Ciel sans fin, poussière du monde
Noir d’abysse, boucles blondes
Des enfants dans leur sommeil
Dans une ruche sans abeille
Et le navire continue
Allant dans sa coque nue

Si seulement t’avais connu la terre,
Du temps des océans et des continents verts
De la mousse, des plantes, des saisons, de la pluie
Et je pleure sur lui
Qui va dans l’océan suivant la pente
Masque blanc, vêtement d’amiante
Ciel sans fin, poussière du monde

Ciel sans fin, poussière du monde

Vivre juste une seconde
Des enfants dans leur sommeil
Comme une une ruche sans abeille
Et le navire continue
Allant dans sa coque nue

Allant dans sa coque nue
Vers des mondes inconnus
Parlant d’autres univers
Sur des pupitres de verre
La tête à côté du corps
Seul un robot parle encore

Si seulement …

Ciel sans fin, poussière du monde
Vivre juste une seconde
Vivre encore ce qu’il a vu
Vivre ce qu’il a vécu
Capitaine
Si seulement t’avais connu la terre
Du temps des océans
Et des continents verts
De la mousse, des plantes
Capitaine courageux
Dans l’univers orageux
Poursuit pour l’éternité
Dans le cargo percuté

Dans le delta d’Andromède
Chevelures belles ou laides
Retombent sur le navire
Comme poulpe des abîmes
Comme poulpe des abîmes
Comme poulpe

Capitaine
Que le vide entraîne
Sous les étoiles
Comme pollen
Ta peine

Capitaine

Comme Pollen

Dans le grand tumulte des cieux
Comme pollen
Dans le grand tumulte…

Selon moi, et ce n’est que mon avis, il est une suite (une fin?) à cet autre texte de Manset « 2870 ». Comme si l’enfant de 2870 était passé au stade adulte, vaisseau devenu navire … et toujours l’immensité … suivant la pente … Morceau tiré de l’album éponyme de 1978.

Rien qu’un enfant triste
Qui sait qu’il existe,
Un navire ancré dans le ciel
Qui vit dans l’ombre du soleil,
Une table mise au centre d’une vie nouvelle.

Un jardin désert,
Une ville en verre
Qu’elle lui couvre les épaules,
A cheval sur un tas de tôles,
Qu’elle soit pour lui, la vue, la vie et la parole.

Un escalier vide.
Son sang se vide.
Dans une cage on le glisse.
Les murs sont blancs, les murs sont lisses.
Qu’il ferme les yeux, qu’il meure en l’année
Deux-mille-huit-cent-soixante-dix.

Rien qu’un enfant triste
Qui sait qu’il existe,
Un navire ancré dans le ciel
Qui vit dans l’ombre du soleil,
Qui n’entendra jamais l’appel
De vie, de mort ou de détresse.

Une tour immense,
Le froid, le silence,
Des cris de haine et de vengeance,
Le navire qui se balance,
Un million d’années lumière plus loin
Qu’un enfant triste sans défense.

Rien qu’un enfant triste
Tombé sur la piste
Qui mène en haut de l’édifice,
La peau tendue, le ventre lisse,
Qu’il ferme les yeux, qu’il meure en l’année
Deux-mille-huit-cent-soixante-dix.

Pièce d’anthologie, ce 2870 !!! A écouter 1000 fois … encore, au moins.

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19 réflexions sur “« Capitaine courageux » (Manset, « Revivre » – 1991)

  1. Impossible aussi, sur cet album revivre, de ne pas mentionner le … le … foisonnant et si calme, au rythme de la force tranquille des fleuves amazoniens – boue, eau et matières vivantes mêlées, épais et gras , j’ai nommé « Territoire de l’Inini« .

  2. Je ne connaissais pas la seconde, je découvre donc, première écoute. Je trouve que la musique ne va pas avec les paroles, bien que les deux prises séparément soient géniales. Mais comme souvent il faut sans doute du temps pour apprécier et comprendre, alors je réécouterai. Pourquoi n’ai-je pas cet album ?

    Par contre le premier titre, fan absolue, de l’ensemble. Mais je l’ai beaucoup écouté…

    • C’est la force du morceau, l’écart entre la proposition musicale et le texte … quoique, ça se discute, comme je l’affirme Manset est un rockeur plus qu’un faiseur de chanson française, par ses arrangements il dépasse l’idée de chanson à texte. Je ne vois comme équivalent que Peter Handke, en littérature et théâtre, avec ses longs poèmes dramatiques, ses récits – ils écrivent pour montrer.

      « 2870 » – à avoir absolument, avec aussi « Amis » et « Le pont » … si tu ne trouvais pas, j’ai tout – y compris les raretés, interviews ou albums « disparus », me ferai un plaisir de te transmettre.

    • Bonne promenade, le sentier est parfois ardu, mais la surprise est toujours au rendez-vous, parfois 10 ans après – je continue à (re)découvrir des choses dans certains morceaux au détour d’une écoute …

  3. Manset, je ne connaissais pas. Belle découverte.
    O Capitaine courageux est-il encore possible de rêver de navire, de traverser la terre, d’aimer la pluie ?

    • Possible ? Plus que jamais … je sombre à plaisir … à la fois marin et navire. En plus il est un grand voyageur (livres de photos), l’œil grand ouvert. « Royaume de Siam », reste un morceau magistral … d’une beauté apaisante …

  4. Je connais Gérard Manset par cette chanson, « Il voyage en solitaire » que j’aime beaucoup…
    les années 1970/1980 je crois ?
    merci pour les deux beaux textes

    • 1975, pour ce titre que je n’aime plus trop – trop entendu, plutôt faible en rapport à l’œuvre générale de Manset (pas assez complexe, arrangements et tout ça ), et une image un peu hippie collée au morceau par bcp, ce qu’il n’est pas.

      Mais c’est une belle porte d’entrée pour découvrir, j’ai suivi cette route (sans oublier le morceau … Y’a une route … lol!) ; Bashung l’a aussi repris comme morceau en 2008, mais il s’est viandé pour le coup – mou et insipide. Sur l’album 2 autres titres neufs écrits par Manset pour Bashung, aussi et d’interprétation splendide de la part de Bashung (album Bleu pétrole en 2008, son dernier)

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