D.D.R. I Lov’U – la voie sanitaire …

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12 janvier 2014 par L'Ornitho

Texte rédigé pour le petit jeu concours d’écriture, lien ci-dessous

http://wwwcine.wordpress.com/2014/01/05/billoyez/

(c) Sébastien Ecosse

(c) Sébastien Ecosse

Petite contribution perso – texte en lien avec l’image.

« D.D.R. I Lov’U … »

« Cette histoire improbable se termine en octobre 2117, cent années exactement après la tentative néo-révolutionnaire de renverser le pouvoir capitaliste – sorte d’archaïsme que les leaders de l’époque présentaient comme la solution définitive.

La révolte de 2017 avait échoué. Lamentablement. Le fait du peuple, engeance qui privilégiera toujours les petits échecs aux grandes réussites. C’était ainsi. Ça le reste.

La défaite avait vu l’instauration d’un nouveau pouvoir : Les Etats Boursiers Unis Armés. Une saloperie, où même les émissions de télé étaient cotées en bourse. Il me faut préciser et insister sur le fait que les populations étaient aujourd’hui plus unies que jamais, solidement attachées par le langage du Maître Écran. Langage unique.

Le peuple avait, à sa propre demande et à la fin de l’ancien conflit, échangé l’idéal de liberté contre des téléviseurs à écran géant ; le progrès avançant, l’humain était aujourd’hui équipé de casques de vision panoramique à 360° – où qu’il soit, quoiqu’il fasse, il était et surtout restait toujours connecté. Connecté au pouvoir qui le contrôlait.

Screen Drug, 3è du nom , dit le Céleste tant il avait satellisé notre pensée dirige aujourd’hui la planète, d’une image et main de fer. Çà avait assez duré.

Venons en à mon histoire, car elle n’est pas sans influence – vous pourrez le noter. Je me nomme Joseph Barjavel dit « Stasi » par ses amis, admirateur de Nietzche et de la vieille littérature allemande – grosso modo celle qui va jusqu’à la moitié du 20è siècle. Pendant 22 années j’avais dirigé les services de contrôle numérique, l’organe de censure du pouvoir.

Il y avait un certain temps que j’étais en désaccord profond avec les dirigeants en place, pour des motifs idéologiques.

Voila maintenant 8 ans que je mène une guerre incessante, brutale – un combat révolutionnaire, avec quelques intellectuels (historiens et philosophes principalement), des artistes, des techniciens mais aussi quelques scientifiques d’origine femelle, contre le régime. Ensemble nous avons créé le groupe d’action armée D.D.R. – le Dresden Düsseldorf Rundfunk.

Dresden et Düsseldorf pour des raisons historiques, artistiques et culturelles mais aussi parce que c’est notre axe géopolitique. Rundfunk (émission), car notre mode d’action, hors actes de résistance militaire armée, passait par les ondes et le sabotage des émissions proposées par le pouvoir en place.

Nous émettions presque en continu, avec des images assénées, non désirées, distillées avec anamour dans les casques de vision de la population. Population qui ne pouvait se soustraire à ce flux d’images qui l’entourait sur 360°. Nous faisions de lui le témoin direct d’images reconstituées de la grande révolution russe. C’était ma foi drôle, et surtout pédagogique.

Plongé dans la réalité historique, l’individu était perdu, ne parvenait plus à effectuer les tâches auxquelles le pouvoir le confinait – des travaux basés sur la répétition continue d’un même et unique geste. Pris par notre flux d’images, arraché à son absence de pensée, il commettait des erreurs, et surtout il se mettait à douter, à presque s’interroger.

Cela avait déclenché une réplique musclée des autorités. Comme nous n’étions pas faciles à localiser, les stations de contrôles radars et des ondes étant détruites – un coup de maître, et à ce titre les scientifiques et techniciens doivent être salués pour leur remarquable contribution. Grâce, ou à cause, des erreurs de manipulation de la population, nous avons réussi à provoquer une réplique nucléaire, à l’échelle de la planète – cela fait 6 ans maintenant. Il est vrai que cela ne nous avait pas épargnés, non plus. Beaucoup de victimes dans nos rangs.

Mais cela était nécessaire, toutes ces pertes. Cela avait aussi amené les premières tensions au sein du groupe – j’avais du agir. Utilement.

Il faut savoir que nos programmes culturels imposés avaient marqués les spectateurs plus que nous ne l’imaginions au départ, qu’une certaine part de l’audience était désormais en demande de plus d’images, plus d’informations, plus de réalité. Toujours plus.

Il fallait opérer un nettoyage idéologique.

Les premiers éliminés furent les scientifiques du genre femelle. Opération « Ravages », barjavelisation – comme je disais avec un humour que les autres ne partageaient pas trop. Comme scientifiques ils possédaient et usaient de connaissances sur lesquelles le commandement (groupement Zarathoustra) n’avait plus aucun contrôle. Ils ont tous brûlés dans le bunker aérien – pourtant indétectable – qui leur était dédié, à Düsseldorf.

Pour les techniciens, dont nous avions appris les maîtrises et partagions désormais les compétences, ce fût plus facile – une erreur bien humaine -compréhensible même, de leur part. Ils avaient laissé une faille dans la couverture radio de notre base de Dresde. Réplique immédiate et sans appel du pouvoir : coulée de magma. Problème éffacé.

Pour les artistes, il faut bien avouer ma tristesse d’avoir été contraint de les disperser – vous savez tous comme moi ce que c’est que ces fichus artistes : vous tendez un micro, allumez un projecteur, branchez une caméra , … c’est plus fort qu’eux, ils faut qu’ils s’avancent et jouent les stars. Je ne supporte pas la starification, symbôle de l’individualisme exacerbé. Le succès de nos émissions réalités aidant, ils se sont mis à être réclamés par la foule et se sont pris au jeu – qui ici était un as de l’aviation, là un Hamlet rebelle (je hais Hamlet!), ailleurs une main armée de la révolution prolétaire et, le plus insupportable, face à moi – en hors champ – à s’interroger sur la qualité des résultats à l’audimètre.

En 8 années, notre lutte pourtant essentielle battait de l’aile. Nous avions mis à mal, presqu’à terre, le système dominant et nous nous déchirions entre camarades. Cela ne pouvait durer plus longtemps

Dans mon esprit, l’opération de nettoyage « Orient Express » – dont la destination finale serait la mort faisait son chemin.

Sorte de grand salon intellectuel roulant, et sous prétexte d’un pèlerinage à Sils-Maria, ce voyage dans les montagnes de l’ancienne Suisse, dans l’habitation de Nietzsche où je cachais le QG de notre mouvement révolutionnaire, devait servir à recentrer les troupes. « Ecce Homo » était la devise et le mot de passe pour le voyage – je souriais pensant à Nietzsche.

Equipé de tout l’attirail anti-radar ad-hoc, nous étions indétectables, sauf à une altitude supérieure à 1100 mètres, environ. Et sur notre route, cela tombait bien, un col à franchir : le Pass d’Alvra, 2312 M. d’altitude.

Je savais que nous aurions à subir alors, une fois détectés par leurs drones de surveillance hertzienne, des frappes sans précédent dans l’histoire de notre combat révolutionnaire.

Tout était près pour le Grand Final, les caméras et le grand feu d’artifice. Ce serait du direct intégral, pour tous – ils voulaient des stars, j’allais leur servir, cuites, les étoiles. Les petits plats dans les grands.

Et moi seul détenais les codes de désactivation du bouclier de protection radar.

Comme vous pouvez le voir désormais sur vos écrans, chers lecteurs, chers téléspectateurs – notre train repose dans sa réalité figée, et tous sont morts à présents.

Sauf un. Moi, que vous pouvez compter trois fois sur vos écrans – un qui vous échappe, le second qui vous surveille, et le troisième qui vous nargue de la hauteur de sa révolution.

Presque mort, et pourtant revenant en boucle, à vous foutre la nausée, à l’intérieur de vos cages mentales. Pour au moins un bout d’éternité. Le combat continue.

Blessé, malade, bouffé par toutes sortes de galles, irradié mais idéologiquement sain.

I-dé-o-lo-gi-que-ment sain.

Et le maître en cet an 2117. Votre maître, dans ma volonté de puissance

Absolu et partie du néant ».

Repères iconographiques, topographie.

Ci dessous, via le lien vers un article précédent, maison de Nietzsche et votre « maître » 😉

https://capitainecourageux.wordpress.com/2011/10/07/visite-au-vieux-nietzsche-en-engadine/

Axe Dresen - Düsseldorf

Axe Dresden – Düsseldorf

Sils Maria et environs

Sils Maria et environs

Groupe : LA Düsseldorf – Titre : Time.

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50 réflexions sur “D.D.R. I Lov’U – la voie sanitaire …

  1. […] L’Ornithorynque […]

  2. ◘ẅ◘ dit :

    C’est un peu long, nous avions dit 50 lignes maximum.

  3. Elleirame dit :

    T’aurais pu couper en 2 textes… et mettre les 2 en lignes, part 1 et part 2 😉
    Quelle imagination !!! quel boulot !!! chapeau !
    … et merde pour l’audition demain !

    • Oui mais il faut un début et une fin. 2 textes = 2 histoires …

      Merci, mais pour l’audition, c’est ok 3 jours de tournage fin de semaine, mais réunion de travail ce lundi, et je dois connaître mes répliques pour bosser les séquences du film (court métrage) … ce qui est le minimum.

  4. oth67 dit :

    On peut dire que moi, j’ai raté ce train d’écriture !

  5. Bon alors, je lis une ligne sur deux ! c’est d’un pratique ! lol mais je constate que, commemoi tu est parti dans le futur ! Bien, bien !

  6. LO dit :

    Putain c’est chiadé ! Magnifique ! Tout ça en deux jours ! Bravo Captain 🙂

    Perso je suis pour le texte intégral mais c’est une déformation de ma part depuis que je fréquente les plages naturistes

  7. mimi pinson dit :

    chapeau bas m’sieur ! travail remarquable et comme je suis fan de Barjavel je ne peux que m’incliner devant cet ouvrage ! bravo !

  8. rosamere dit :

    La nuit des temps, ma première approche de la SF. 🙂

  9. Leodamgan dit :

    Ca alors… Tu m’épates! C’est presque une nouvelle courte de SF avec un univers bien détaillé, même si le texte est considéré un peu long pour le concours. Personnellement, je n’aurais pas imposé de limite en nombre de lignes. Chacun a son format idéal pour s’exprimer.

    • Merci!

      C’est vrai qu’il est trop long si on s’en tient au règlement – je ne pensais pas qu’il dépassait d’autant !!! Et les règles étaient les mêmes pour tous.

      Mais pour rien au monde, je n’aurais coupé – le retravaillerai dans le détail, car il va y avoir 2 suites, qui misent ensembles pourraient constituer une sorte de nouvelle.

      Bientôt la suite … en 2 épisodes, dont je ne connais pas le nombre de ligne. Peut-être je republierai le tout en un seul morceau.

  10. Désolé pour le retard de lectures, j’ai pas pu suivre au jour le jour le concours. Bref, quel univers développé, ça fait très nouvelle d’anticipation, nouvelle de qualité, c’est très fort et immersif! Bravo amigo 🙂

    • Bah, on entre et on sort quand on veut hein 😉 – c’est ouvert toute la nuit, aussi, un peu comme les salons lavoir américains 7/7 et 24/24. Par contre je garantis pas la qualité du savon 🙂 🙂 🙂

      Je prévois 2 suites (ai les idées), la seconde partie sur base de la seconde image proposée pour le concours … histoire d’essorer le tout côté neurones.

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