« Flash Back » (des mots, une histoire 124).

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7 février 2014 par L'Ornitho

Des mots, une histoire – 124

Petit jeu d’écriture proposé ici : http://oliviabillingtonofficial.wordpress.com/

Les mots suivants doivent se retrouver dans le texte.

apaiser – front – tranchée – décision – dilemme – torture – douleur – âme – divin – damnation – effroi – dresser – combattre – chagrin

La consigne facultative : mettre un flash-back dans votre récit.

« Lundi, 9h17. A domicile. Dehors le vent l’automne l’ennui. Charentaises et pyjama.

Ouais! Ecrivain, tu parles. Quel métier de con. Et le pire ennemi du con de service, je te le donne en mille : son éditeur. Ouais!

Le retiendrai son dernier coup de fil. « Écoute petit » – je me tais je dis rien je crie pas …, « écoute petit, pour ton prochain livre, ça serait bien que tu introduises un flash back dans l’histoire ; aujourd’hui le lecteur ce qu’il veut c’est l’émotion des choses passées, tu vois » – non, je vois pas … Pas le temps de l’ouvrir qu’il a déjà raccroché … histoire de m’apaiser, sans doute … Petit, j’t’en foutrais du petit moi …

Qu’est-ce qu’il a derrière le front, hein!? Franchement, déjà dans ce boulot où savoir ce qu’on va bouffer le lendemain est un privilège de riche, que les retards de facture se traitent au présent, dans l’ici et maintenant, en mode kamikaze… Une vraie vie de tranchée sous les coups sonnants et trébuchants des huissiers … alors un flash back tu parles si ça m’inspire …

Mercredi, 15h31. Un bar de Barbès. Gueule des grands jours de dèche, pas rasé, de mauvais poil. Imper’ gris et stetson humide. Il pleut, à verses.

J’ai pris ma décision. Foireuse. J’attends Phistémo, grand con tout d’ébène sur 2 mètres 02 de hauteur, et de son vrai nom Moumouni, sorcier-médium-réparateur-informatique-à-distance. Y’a que pour ça qu’il met la distance. Le pognon, c’est toujours du live. Il a un tuyau pour me permettre de remonter dans le temps – on dira pas après que je me démène pas, pour le coup! Sale temps pour les biftons, 150 sacs. Dilemne : attendre ou se barrer histoire de s’accrocher un peu au réel ..?

Dimanche, 23h58, une cave à la Défense, tout nu ligoté dans un fauteuil déglingué de coiffeur. Dehors? M’en fous, y peut neiger, j’veux m’tailler.

30 minutes qu’il y a Moumouni, ci-nommé Phistémo, qui chante des trucs genre cantiques exotiques, façon outre tombe, modèle que tu dégueules quand t’as trop fumé un truc pas clair – une vraie torture … Maintenant, il s’approche et me dit, de sa voix tendre qui chez ce grand rigolard annonce comme qui dirait une douleur sourde à venir, je cite, ouvrez les guillemets :

« C’est une grande jouissance que de se transporter dans l’esprit des temps passés, de voir comme un sage a pensé avant nous, et comment, partis de loin, nous l’avons si victorieusement dépassé ».

Et de souligner, histoire sans doute d’ajouter à la perplexité ambiante : « Goethe, Faust, année 1806, camarade écrivain« . Après, je me souviens plus de rien, sauf je crois qu’il ajoutait : « Maintenant, je vais soigner ton âme« . 

Lundi d’une autre semaine, en bord de Seine sous le pont des Arts. Petit matin chagrin. Toujours nu et ligoté.

Le pavé est divin, d’une tendresse je te dis pas !!! Si si, comparé au mal qui se promène quelque part par mon ventre … Le bol si j’finis pas à la flotte. Mourir noyé saisi d’effroi en attendant la damnation et la douce promesse d’un habit en sapin … voila ce qui se profile si je me mets pas illico à hurler. Ça serait facile, s’il n’y avait ce clodo puant qui se tient dressé devant moi, l’air goguenard, une barre de fer à la main …

Sinistre jeudi dans une chambre d’un hôpital quelconque de banlieue. Dehors, soleil et gazouillis d’oiseaux. La tête dans le plâtre, les pieds en éventail, suspendus à la potence de maintien du lit. Odeur entêtante : mélange d’éther, d’eau de Cologne, de charogne et d’un bouquet de violettes offert par le visiteur.

Face à moi, l’éditeur qui me dit qu’il faut combattre la morosité des évènements, qu’il n’y aura – « haha … qu’a écrire un bouquin de cette superbe aventure … blablabla … quelle chance, hein petit, non? finalement!!!« , tout en précisant, l’esprit chagrin, qu’il serait dommageable que je remette le manuscrit en retard, « car … – ajoute-t-il, comme écrivait Goethe : même l’enfer a ses lois … ».

Alors, enfin, je me mets à hurler. De toutes mes forces. »

« Pacte avec mon sang » – Gérard Manset

Et … à propos de flash back, au hasard …

https://www.facebook.com/photo.php?v=10152172400334158&set=vb.847564157&type=2&theater

unehistoire

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11 réflexions sur “« Flash Back » (des mots, une histoire 124).

  1. Petite entorse dans les mots : emploi de « dressé » au lieu de « dresser ».

  2. Je pense qu’il ne l’avait pas rêvé comme ça son flash black, mais au moins, maintenant, il a de la matière…
    J’ai bien aimé le rythme que tu as réussi à insuffler à ton texte. Je lui ai trouvé un petit côté cinématographique, peut-être la façon que tu as d’introduire chaque séquence…

    • Merci ! Je me donne pour guide que la consigne facultative devienne le fil du récit.

      Cinéma, assez d’accord, je pense que ça pourrait se filmer « tel quel ». Une écriture destinée à être dite, en voix … ou en images. Un petit temps que je souhaite écrire un scénario de court-métrage (suis metteur en scène et comédien de formation, et pas mal en cinéma ces derniers temps).

  3. marlaguette dit :

    Je peux avoir un air du cantique exotique s’te plait ?

  4. Leodamgan dit :

    Ca fait très polar noir. Ambiance glauque et sombre… Avec aussi un peu de fantastique.

  5. Elleirame dit :

    J’aime le rythme « cinéma » et l’ambiance sombre…

    • Merci, sombre j’aime bien et je m’y trouve bien, côté écriture – ai commencé à lire des « séries noires » depuis mes 13 ans, quelques centaines donc (et silence, on tourne 😉 )

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