« Mort à Trieste » (Atelier d’écriture : Une photo quelques mots – 153è))

une-photo-quelques-mots1Petite participation à l’atelier « Une photo, quelques mots« , chez Leiloona, brickabook.fr

153è (!) épisode, et premier pour moi.

Il s’agit donc d’écrire une histoire à partir d’une photo, celle ci-dessous. Voici mon « essai ».

On peut, en parallèle, mettre la musique de Mahler, en lien plus bas, à la suite du texte – si on veut ! Prenez place, laissez s’installer la musique … et poussez, poussez, poussez le son, et enfin, lisez …

bateauckot

(c) image Kot²

« Mort à Trieste »

« Où va-t-on quand on veut du jour au lendemain échapper à l’ordinaire, trouver l’incomparable, la fabuleuse merveille? » *

J’attends une mort certaine, embaumée de mélancolie, tel Gustav Aschenbach perdu dans la Venise suffocante de choléra, qui lui serait fatale, définitivement étrangère.

Assis face à cette mer, dont le ciel couvre l’onde d’une masse lourde de nuages, je le scrute ce ciel, je la contemple cette mer.

Je peux en percevoir le clapotis tranquille et indolent, glas infini qui échappe à toute compréhension humaine et aux animaux même.

Posé sur cette eau ballote las un navire, le museau pointé vers l’horizon, symbole d’un possible départ, d’un adieu potentiel …

~~

Ô navire à l’allure précieuse

 Tandis que vient la mort rieuse

Tu n’entends pas le cri sourd du capitaine sans barre

Et il en est de mes amours comme de tes amarres

Attachés par l’infamie de leurs liens

Que la rive retient

~~

La rive. Je la regarde et ici nous la connaissons enjouée sous le soleil du grand jour, couverte d’une aile d’encre à l’assaut de ses plus grands soirs … Le destin seul en tourne les pages, et en jette les sortilèges divins ou cruels

Chacun des feuillets lorsqu’il tombe, nous éloigne à nous mêmes, voyageurs immobiles d’un temps qui galope sur la coursive de notre mémoire, se fond dans la peau de notre devenir.

Le regard est ce qui entre nous diffère, navire ! Lui qui te guide les jours d’envols, il me lacère en ces heures dernières.

Ô que j’aimerais à me les arracher les yeux, te les tendre afin que tu embrasses l’étendue d’une souffrance qui m’épuise …

~~

Pourquoi le regard ne meurt-il pas

Lorsque épuisés nous arrêtons le pas

Qui nous accordera cette résolution

Tandis que meurent nos oiseaux de passage

La mort est dissolution

Puisque autour de nous tout déteint

Les amours les songes les souvenirs

les enfants dans leurs rires

 immolés dans leur écrin.

~~

Pourtant je ne vois qu’une mort venir, diaphane et qui porte un nom de femme, presqu’une enfant encore, souvenir éveillé qu’il m’aura fallu contempler et qui me condamne.

Navire, l’attache t’est létale quand elle te tient, elle l’est aussi quand elle me lâche …

~~

La Mort,

Pour qui rien ne diffère

Obtempère

Oblitère

De ses ors

Le revers de notre vie

Et si tu peux la chanter

L’enchanter

Jamais elle ne t’offre le salé de son dernier refrain

~~

Dans la mort qui vient, le poison sait se faire alchimiste, de la boue de notre vie il tire son or … et lève la voile, vers le large.

A jamais détaché.

Pas absolument convaincu par ce texte … mais je le livre tel quel, dans ses formes imparfaites et ses incohérences et contradictions. La musique, quand à elle, donne le ton assez justement.

* in « Mort à Venise » de Thomas Mann.

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44 réflexions sur “« Mort à Trieste » (Atelier d’écriture : Une photo quelques mots – 153è))

    • L’essentiel c’est qu’on y meure bien, pour les personnages je veux dire …

      Mort à Venise à ses faiblesses, comme récit – pour une fois que Thomas Mann faisait court. J’en garde un souvenir marquant dans une version opéra, par des anglais, avec un texte respecté à la lettre – aucun raccourci, aucune soustraction de texte.

  1. Belle mort, c’est un voyage sans… belle écriture. Si vous livrez tel quel, dans ses formes imparfaites et ses incohérences et contradictions, avec en fond la musique, j’en recommande encore une lecture. Merci

  2. Navire, l’attache t’est létale quand elle te tient, elle l’est aussi quand elle me lâche …

    Cette phrase représente bien à mes yeux votre amour des mots. Merci pour ce voyage à travers les sons.

    • Moi aussi je l’aime bien – ne jouons pas les effarouchés.

      C’est vrai que j’ai plus d’affinités avec la prose – et puis il y a dans ce texte « un demi-hommage » à Thomas Mann dont la prose possède un souffle qui m’entraîne ailleurs.

    • Je l’ai retravaillé dans le détail – quelques mots redondants (rieuse, par exemple), j’ai viré un ou l’autre adjectif pour alléger, rendre plus « concret ». Ecrit en un jet (sans facilité néanmoins)

      Il me satisfait mieux maintenant.

  3. Merveilleux et savoureux moment poétique de Venise à Trieste de Mann à l’Ornithorynque animal fabuleux qui étonne toujours.

  4. C’est à la fois triste, beau et fort !!!!
    J’adore ce concept, j’adore écrire mon ressenti sur une photo ou une musique. J’avais autrefois un prof de musique qui nous faisait des interros surprises que j’adorais. On s’asseyait, il nous diffusait une musique et nous demandait l’écriture de ce que l’on ressentait. C’était géant.
    Bravo !!! Même si ce texte est triste, il est très beau

    ps désolée de mon retard en ce moment, mais je n’arrive plus à tout lire, donc j’opte pour la lecture dès que j’ai 5mn et je rattraperai le retard un jour 😉 😆

  5. Pingback: Atelier d'écriture : Bateau sur l'eau | Bric à Book

  6. J’ai choisi d’écouter dans le silence, sachant que j’étais déjà envahie par les images de Mort à Venise… et en fait, en te lisant, j’ai pensé à tout autre chose : à Bruges-la-Morte, roman fin-de-siècle de Georges Rodenbach, où Hugues Viane erre dans une fille fantôme hanté par le souvenir d’une femme – et la femme et la ville deviennent presque le fantôme d’une même chose.

    Très beau texte, en tout cas. 🙂

    • Bruges-la-Morte, oui effectivement – ça ne m’était pas venu à l’esprit, mais c’est un angle singulier, j’aime !

      Sans doute qui sait mes influences symbolistes (Maeterlinck, Crommelynck un peu – Les amants puérils). Merci pour votre commentaire, il fait plaisir.

  7. Ton texte, que je ne connaissais pas, ( et excuse moi pour cette lacune) est merveilleux ,,profond, spirituel et mélancolique, à l’instar de Malher .Cette phrase est sublime :  » Navire, l’attache t’est létale quand elle te tient, elle l’est aussi quand elle me lâche « 

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