Agenda ironique – jeu concours février 2015 (Chacasire)

jeu-concoursPetite contribution … amoureuse (?) au jeu concours organisé ici :

https://differencepropre.wordpress.com/2015/02/08/agenda-ironique-jeu-concours-fevrier-2015/

« Saint Valentintin … Chez les soviets (ou presque) »

1 – Vendredi 13 février : »Saint Valentintin … »

Vendredi 13 février – Recherche femme 40-45 ans, célibataire sans enfant, niveau études universitaire, connaissance impeccable de la langue française. Objet : partage soirée et nuit Saint-Valentin à l’Hôtel Métropole avec écrivain raté. Mission : me pourrir complètement la soirée, comportement imbuvable souhaité, arrogance avec classe exigée. Physique à l’avenant, aucune rémunération, haut niveau de réception offert. Prendre contact au 04** *** ***, réponse assurée.

C’est l’annonce que j’avais fait afficher aux valves des différents services des attachés économiques du parlement européen. Comme chaque année pour la Saint-Valentin, je quittais effectivement Paris pour Bruxelles. Deux jours dans une chambre convenable – c’est à dire l’ensemble des commodités plus le service personnalisé « All inclusive« . Pas de caissière ou d’institutrice cette année, j’avais misé sur la fonctionnaire haut de gamme, à forts revenus.

Écrivain raté, ça marchait à tous les coups.

2 – Samedi 14 février : … Chez les soviets (ou presque) »

La « chambre 3 pièces » du second étage de l’hôtel donnait sur le Boulevard, une condition sinéquanone à la location. De là je pouvais la voir arriver et repartir.

Elle était arrivée vers 20 heures, l’heure convenue, était descendue de la limousine après s’être « repoudré le nez« , comme elle devait certainement le faire à chaque rendez-vous important. J’avais bien entendu mis les formes pour la recevoir et passer la soirée la plus … comment dire? … la plus luxueuse possible. J’avais décidé d’être le gentleman le plus courtois, aimable et séducteur qu’on puisse être, au delà du repas 5 services et des divers champagnes proposés pour cette Saint Valentin. Le service serait assuré en partie (je me chargeais des vins et champagnes) par un Maître d’Hôtel particulier, sourd muet – ce qui était épatant, et bien sûr indispensable . Les petits plats dans les grands.

Elle était arrivée, drapée dans une magnifique robe ivoire, et chaussures rouges à talons aiguilles, mélange détonnant. Elle mesurait juste un peu plus d’un mètre septante, avec une lourde chevelure bouclée rousse – détail  qui avait déterminé mon choix, pas vraiment fine, ni forte, disons bien charpentée et protégée pour l’hiver. Une femme de poigne assurément.

Elle était entrée sans fracas mais la tête haute et le sourire arrogant, avait superbement ignoré les fleurs que je lui tendais (mélange de roses baccara et de lys du japon) ; dans un français impeccable teinté d’un léger accent elle m’avait annoncé qu’elle ne venait pas pour la bricole, pour reprendre son terme. Tout de suite elle avait foncé dans chacune des pièces, à la recherche sans doute d’un élément qui pourrait attester de la présence d’une femme – une femme n’est jamais aussi à l’aise pour entrer dans un conflit que de s’en prendre à une comparse.

D’une courtoisie sans faille, je la laissais faire, acceptais ses commentaires acerbes et remarques agressives, ses débordements matériels aussi (quelques accessoires – un vase quelques verres) … La soirée avançant j’appris qu’elle était estonienne, qu’elle était la chef de service du département des échanges commerciaux pour la pêche avec l’Europe. Elle avait passé l’âge d’être courtisée par ses chefs, et j’imaginais très bien qu’il n’y avait que de jeunes lobbyistes aux dents longues pour la séduire. Elle gagnait manifestement bien sa vie, et plus je l’observais dans un silence complice – sans la moindre hypocrisie malsaine, je lui accordais une oreille plutôt attentive, écoutait ses remarques et confidences, et je me demandais ce qui avait bien pu la pousser à répondre à l’annonce et passer la soirée avec moi (je ne parlais jamais de moi dans ces rencontres), plutôt qu’avec un jeune gigolo parfois mineur ramassé avenue Louise à prix « soir de fête ». La soirée allait bon train, indépendamment du ton singulier que la rancœur feinte et la voix haute que nécessitait la situation. Je continuais bien entendu à me montrer sous mon meilleur jour, subtil et délicat, réellement intéressé et même à l’occasion charmé, un point pour elle. J’avais une réputation à défendre : celle de misogyne préféré des femmes. C’est ainsi !

Même s’il y a avait un goût de nouveauté – l’exotisme éduqué du pognon, la désespérance chantée de l’Est, ça se déroulait conformément aux habitudes ; le confort du cadre, les chandelles et liqueurs finissaient par envelopper et réduire le champ d’agressivité de la situation – comme il est d’usage (sic), vers les 23 heures, son ire s’était imperceptiblement tournée vers le Maître d’Hôtel, c’était charmant de constater le mépris qu’elle pouvait afficher pour le petit personnel. Je bois peu en général, je restais sobre et je n’aime pas les alcools, qu’elle supportait avec pas mal de coffre – ivre mais jamais saoule.

Comme l’expérience l’avait démontré les années précédentes, vers les 3 heures du matin, toute acrimonie avait disparu au profit d’une complicité rigolarde – elle restait « grande dame », sûre de sa position sociale, la coke aidant – elle s’était repoudrée le nez à deux reprises.

Vers les 5 heures du matin, nous subissions chacun le contrecoup de cette soirée et de ses suites. Je la priai, tradition oblige, de bien vouloir aller voir plus à l’Est si j’y suis, que la soirée avait assez duré, lui tendant par la même occasion le bouquet de fleurs qu’elle emporterait machinalement. Pour la « bricole« ? Ah, j’ai pour principe d’aller à l’encontre des convenances – la gaudriole, ah madame, jamais après une dispute et l’invitai à sortir.

De cette fenêtre de la chambre d’où je pouvais voir la rue, comme d’habitude, la limousine l’attendait – je respectais les règles du jeu jusqu’à la fin ; elle s’assit à l’arrière, lentement d’abord puis hystériquement frappa la banquette et la paroi de courtoisie de la limousine, s’alluma une cigarette qu’elle posa machinalement, remit une couche de ce rouge à lèvres magnifiquement assorti aux roses, et se mit – enfin – à chialer.

Une femme n’est jamais aussi sincère que lorsqu’elle pleure cachée derrière son rouge à lèvre.

Ça aussi, ça marchait à tous les coups.

Héhé !

Suite Hôtel Métropole

Suite Hôtel Métropole

Publicités

27 réflexions sur “Agenda ironique – jeu concours février 2015 (Chacasire)

      • oui toujours une prochaine quelque part. Sinon, j’ai pris le temps de lire ton article. Mais quel talent ! Vraiment j’ai adoré.
        En outre, mon cher ami à la belgitude prononcée, j’ai bien connu une Estonienne, rousse qu’elle était, sauf qu’ en dehors de quelques mots d’un vocabulaire très plaisant que je me suis moi même chargé de lui apprendre, elle ne parlait pas un traitre mot de français et c’était bien comme ça.
        Merci pour cet article l’ami !

What did you say ???

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s