(En partage) La lettre d’Isabelle Pousseur et de Michel Boermans / Edito journal 69/ mai-juin 2015

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5 avril 2015 par L'Ornitho

J’ai décidé de partager, en copie, la lettre-éditorial publiée en édito du journal du théâtre Océan Nord – cri d’alarme pour la survie non seulement d’un lieu, mais aussi d’un ensemble de démarches artistiques, sociales et culturelles qui y sont développés.

Un lieu laboratoire, un espace de recherche pour de jeunes compagnies, un lieu de programmation et de création professionnel ; mais aussi un média citoyen par ses activités axées sur les politiques de quartier (ateliers non professionnels), sans oublier bien entendu un lieu d’accueil du public agréable, exigeant dans sa programmation.

Moi ce lieu, outre que je l’aime et que j’ai eu l’occasion d’y jouer, je le considère vraiment, et singulièrement, comme l’endroit du théâtre et ce qu’il doit être – un projet et regard de société, ouvert sur le monde et interpellant !

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Notre tâche (ou bien tout le reste sera pure statistique et affaire d’ordinateur) est de travailler à la différence. Heiner Müller

(c) texte Théâtre Océan Nord 2015

La lettre d’Isabelle Pousseur et de Michel Boermans / Edito journal 69/ mai-juin 2015

Voici un numéro particulier du Journal du Théâtre Océan Nord : la première page et la quatrième pages sont très vides.
Ce n’est pas une erreur…

L’outil juridique (un contrat-programme) qui nous lie à notre pouvoir subsidiant (la Fédération Wallonie Bruxelles) porte sur une durée de cinq ans. Cette durée permet aux opérateurs de développer leur projet et leur gestion dans le temps indispensable pour construire une programmation, nouer les accords avec les compagnies et celles et ceux qui participeront aux projets, d’attendre les réponses données aux projets soumis aux coproducteurs pressentis, aux instances d’avis,…

Notre dernier contrat-programme s’est terminé voici bientôt 5 ans, en décembre 2010.
Depuis, il est prorogé d’avenant annuel en avenant annuel…
De rendez-vous en rendez-vous, de promesse en promesse, le temps a passé, les circonstances ont évolué, les marges disponibles aussi.
Difficile et épuisant de naviguer ainsi à vue, dans un brouillard institutionnel permanent.

Aujourd’hui, il ne nous paraît plus possible de continuer ainsi.
La non-indexation récurrente des subventions, les inconnues sur les missions à remplir, les incertitudes sur le montant et le contenu du prochain contrat-programme nous amènent à prendre une décision conservatoire difficile mais nécessaire : réduire, de façon drastique mais dans le respect de nos engagements vis à vis des pouvoirs subventionnant, le contenu public de la saison prochaine.
Et, conséquence immédiate, à diminuer les coûts fixes, notamment en diminuant l’équipe permanente.

Le Théâtre Océan Nord s’est fondé comme une compagnie et a été subventionné comme telle : il s’agissait de créer la structure de production de la pratique artistique d’Isabelle Pousseur. A la fin des années nonante, nous avons éprouvé le besoin de poser nos valises et d’insérer notre travail dans un contexte social particulier qui pourrait le nourrir et nous rappeler chaque jour dans quel monde nous vivions et développions notre démarche artistique.

C’est la raison de notre choix : Schaerbeek, dans une zone réputée « difficile ».
Très vite, face à la demande exponentielle d’autres artistes en quête de lieux où répéter et présenter leur travail, le projet artistique et institutionnel a changé de nature. Il a reposé sur trois piliers essentiels : une mutualisation du lieu et des moyens (humains et matériels) avec des compagnies émergentes, le travail artistique d’Isabelle Pousseur, un double travail d’ateliers (avec des professionnels et des non-professionnels).
La traduction de ce projet s’est avérée passionnante mais complexe. De compagnie nous sommes devenus « institution ».
Il a fallu plusieurs années pour arriver à trouver l’équilibre du projet, qui optimise les moyens disponibles et permette aux compagnies comme à Isabelle Pousseur de créer dans un environnement propice.
Il nous faut constater que cet équilibre n’est plus.
La diminution des moyens disponibles entraînée mécaniquement par la non-indexation depuis quatre ans a mangé les marges disponibles pour le projet artistique. Elle pèse particulièrement sur nous puisque le lieu est loué et que le loyer comme l’ensemble des coûts d’entretien sont assurés par la subvention ordinaire. L’augmentation des moyens nécessaires au maintien de ce modèle, de promesse en report, n’a pas (encore ?) été concrétisée.

Il nous faut donc envisager le projet dans les limites de ce que sont aujourd’hui nos ressources. Repenser son équilibre. Attendre les décisions annoncées.
Pour cela, la saison prochaine, le Théâtre ne s’ouvrira que pour deux accueils.
Le reste du temps, les salles se rempliront d’un travail intense mais qui restera dans « l’ombre » : préparation de nos créations futures, résidences, ateliers, locations assureront la continuité de son usage dans le respect de nos missions et de notre cahier des charges.

Nous restons intimement convaincus de la nécessité du projet et de la pertinence du modèle qui le traduit. Paradoxalement, il répond et met en œuvre depuis des années la plupart des priorités récemment exprimées par la Ministre. Les artistes et leurs projets sont depuis sa création au cœur de l’activité – c’est pour eux que le modèle a été pensé et mis en œuvre, sa gestion respecte les diverses obligations sociales et est transparente, il est relié à l’école, assure une formation continue, participe dans la mesure de ses moyens à des réseaux divers, fut l’un des premiers à développer des ateliers de quartiers et à assurer leur visibilité au travers de Rencontres…
Pourrons-nous continuer à développer ce projet ? L’institution continuera – t’elle d’être au service des nombreux artistes qui souhaitent y travailler, parce qu’ils y trouvent « la fabrique de théâtre* » qu’ils recherchent ?

Isabelle Pousseur, metteure en scène, fondatrice du Théâtre Océan Nord Michel Boermans, scénographe, co-fondateur du Théâtre Océan Nord.

*« Une fabrique de théâtre » titre de l’éditorial du premier numéro du journal du Théâtre Océan Nord.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9%C3%A2tre_Oc%C3%A9an_Nord

N’hésitez pas à leur faire part de votre soutien, via leur site (forum)

Le site du théâtre : http://www.oceannord.org/

Facebook : https://www.facebook.com/Oceannord

Prochain spectacle (du 21/04 au 02/05)

http://www.oceannord.org/L-Enfant-colere

"Blanche Neig", de Robert Walser - Mise en scène Nicolas Luçon / Image (c) Michel Boeremans

« Blanche Neige », de Robert Walser – Mise en scène Nicolas Luçon, au Théâtre Océan Nord, en 2006 / Image (c) Michel Boeremans.

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14 réflexions sur “(En partage) La lettre d’Isabelle Pousseur et de Michel Boermans / Edito journal 69/ mai-juin 2015

  1. Le Théâtre Océan Nord organise une conférence de presse exceptionnelle :

    « Pour toutes ces raisons, nous vous convions le lundi 20 avril à 11h au Théâtre Océan Nord à l’occasion d’une conférence de presse exceptionnelle qui réunira artistes, partenaires et publics désireux de se battre à nos côtés afin que nous soyons peut-être enfin entendus par La Ministre.

    Nous espérons vous y accueillir nombreux. » (C) Théâtre Océan Nord.

  2. blogadrienne dit :

    il est navrant de voir comme la culture est en souffrance (pécunière), au nord comme au sud du pays

    • C’est un problème bien plus large, quand je vois ce qui se passe en France, la fermeture de théâtre, l’annulation de programmations …

      Il y a un réel problème de société. Inquiétant.

    • « Navrant » est le mot juste, oui!

      • Pour la plupart des administrations des collectivités publiques, la culture n’est plus guère qu’une variable d’ajustement (et la plus facile, car sans lobbyiste influent ni enjeu électoral)…
        ;(

        • Juste ! Perso, j’ai tendance à penser qu’il y a le lobbyisme inverse, celui du privé – volonté de vouloir tuer la culture publique afin d’imposer une culture du divertissement (il suffit de voir c e que les chaînes de service (le mot est important!!) public deviennent : des médias publicitaires et des « organes » de divertissement … Le culte de la marchandise et du profit, la culture du divertissement (quelqu’un qui est content consomme !) ; tu verras, ils privatiseront bientôt les musées, leur contenu « marchand » (sic) est tellement juteux du point de vue spéculatif …

          • mais quelle idée aussi de vouloir être des « poils à gratter », alors qu’il suffit d’être dans la pensée dominante pour gagner sous, confort et célébrité (comment ça, sans cervelle ?)

            – sur les musées : tu as raison ; en France (mouvement similaire en Allemagne), on envisage de détricoter la loi sur l’inaliénabilité des collections publiques. (arguments 1/ trop d’oeuvres sont en reserve, si le public ne les voit pas, à quoi servent-elles ? 2/ en vendant les « doublons », on pourrait acheter des oeuvres plus intéressantes, réparer la toiture, changer la voiture…etc)
            De fait les collections ne sont plus vues comme des reserves artistiques et scientifiques mais comme des stocks inactifs, à faire fructifier d’urgence, comme les reserves foncières des villes. Et vue l’effervescence du marché de l’art, y a des sous à gratter et des amis à gratifier….

          • L’argument 1 ne tient pas, en ce sens que de nombreuses institutions bancaires ont « investis » dans des oeuvres d’Art – les coffres de banqsues regorgent de tableaux et autres collections – c’est une des choses que je n’ai pas compris lors du « sauvetage » des banques, pourquoi n’a t’on pas exiger le cession à l’état en contrepartie finançière ? Ou pour le mpoins une mise à disposition obligatoire aux institutions publiques (musées etc …)

            2 : l’idée de doublon, en art me semble caduque (par contre 2 voitures de sociétés pour certains sans doute, voire même avion privé … Quand à l’arrosage des amis … c’est un art dans lequel ils sont passés maîtres à n’en pas douter.

  3. Leodamgan dit :

    Je ferai la même remarque que carnet paresseux.

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